Un Afghan à l'assaut de l'Everest

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Publié le 15 décembre 2009.

En Afghanistan, Nadjib Sirat n'avait jamais entendu parler d'alpinisme. Rien de surprenant dans un pays qui se fige dès le début de l'hiver, et où la plupart des montagnes sont soit le refuge des talibans, soit truffées de mines. Ce Franco-Afghan de 29 ans, originaire de la vallée du Panshir, n'a découvert ce sport qu'à son arrivée en France en 1998, après avoir fui son pays sous la menace des talibans. A Grenoble, où il vit toujours, le jeune réfugié politique découvre que la montagne peut être un plaisir. « Avant, pour moi, la neige, c'était la souffrance, le froid, le manque de nourriture... Des choses dont on a peur ».

Nommé président de la Fédération afghane d'alpinisme, il en a fait aujourd'hui son occupation principale, délaissant temporairement son métier de prothésiste dentaire. Il a déjà escaladé le mont Blanc, et s'apprête à faire l'ascension de l'Everest en avril prochain, à 8 848 m d'altitude, avant de s'attaquer au Noshaq, le point culminant de l'Afghanistan, à 7 492 m. Objectif : devenir « l'Afghan le plus haut du monde », comme le clame le slogan de Respectons la Terre, l'association qui l'a « recruté » pour relever ce défi.

Mais ce titre dérange le jeune homme. « Les gens vont croire que je fais ça pour ma gloire personnelle, ce qui n'est pas le cas », murmure-t-il. Car s'il a accepté de faire partie du projet, c'est parce qu'il est « persuadé de pouvoir participer au développement du tourisme en Afghanistan, et d'amener d'autres revenus que ceux de l'opium. Le jour où les montagnes seront libérées, déminées, et où l'on pourra faire du ski, l'argent rentrera dans le pays. En tout cas je l'espère. » Idéaliste ? « Peut-être, mais en Afghanistan, tout peut aller très vite. » Alors, certes, « l'aspect marketing (le) gêne un peu, mais c'est pour la bonne cause. » Pas seulement.

En l'écoutant, on comprend que cette histoire d'alpinisme en Afghanistan est aussi, et peut-être avant tout, celle d'un exilé en quête de réconciliation. Entre ses deux cultures, française et afghane, et avec sa famille. Car s'intégrer en France, c'était s'éloigner de l'Afghanistan mais aussi de ses parents et ses neuf frères et soeurs, restés dans la vallée du Panshir. « Ils ne supportent pas que je vive pleinement en France. Ils ont peur de me perdre et n'acceptent pas que je puisse avoir une vie sentimentale ici. Et moi, je ne veux pas vivre en France sans leur soutien. » La médiatisation de ses exploits sportifs et la création de la Fédération afghane d'alpinisme sont ainsi une façon de « les rassurer, de leur dire que je ne les quitte pas. Et que je peux donc aussi avoir une vie ici. » Il s'interrompt et sourit : « Désolé, je m'écarte un peu du sujet. » Au contraire. W

Faustine Vincent Photos : Sébastien Ortola
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