Al-Qaida au Maghreb (AQMI) a revendiqué hier l'enlèvement de trois humanitaires espagnols en Mauritanie et d'un Français au Mali. Depuis quand l'organisation opère-t-elle dans cette zone ?
Cela fait un an et demi environ qu'Al-Qaida intervient de façon régulière dans la zone. Des enlèvements d'Occidentaux ont lieu en Mauritanie, au Niger, au Tchad. Ils sont perpétrés par des commandos envoyés par le commandement central d'Abou Moussab Abdelwadoud (Abdelmalek Droukdal) qui reste en Algérie. Sur place, celui-ci a vu son champ d'action limité du fait de la pression militaire conjointe de l'Algérie et du Maroc, il a donc déplacé son centre de gravité opérationnel pour agir.
Ce ne sont donc pas des groupes locaux qui agissent...
Ils ont sans doute des relais locaux, mais pas encore de véritable ancrage. Ils agissent, puis reportent au pouvoir central qui revendique l'enlèvement, via son porte-parole officiel Saleh Abou Mohamed. Le système est bien rodé.
Pourquoi cibler des Français et des Espagnols ?
Ils répondent clairement à l'injonction du numéro deux d'Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, qui a appelé dès septembre 2006 à s'en prendre à la France, très active militairement dans la région, et à l'Espagne, à cause des enclaves de Ceuta et Melilla.
Pourquoi s'en prendre à des humanitaires ?
Ce sont des cibles très identifiables, donc faciles. Al-Qaida profite du changement de perception dont ils pâtissent. Ils ne sont plus perçus comme neutres, mais comme opérant en prolongement des politiques de leurs Etats. Deux raisons à cela : l'affaire de l'Arche de Zoé et la personnalité du ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, ancien « French doctor » devenu artisan de la guerre en Afghanistan. Quand il aura été démontré que les humanitaires ne sont en rien représentatifs des politiques de leurs Etats, les enlèvements perdront toute justification. Cette radicalisation du mouvement va conduire à son affaiblissement.
Risquent-ils d'être exécutés ?
S'il n'y a pas de négociation ni de paiement de rançon, certainement, comme cela s'est passé pour le Britannique Edwin Dwyer en juin. W
Recueilli par Armelle Le Goff