Afghanistan: Obama va envoyer 30.000 soldats supplémentaires et promet un début de retrait pour la mi-2011

MONDE Le président américain passait son grand oral mardi soir...

Philippe Berry

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Des cadets de l'école militaire de West Point, le 1er décembre 2009, alors qu'Obama dévoile son plan pour l'Afghanistan

Des cadets de l'école militaire de West Point, le 1er décembre 2009, alors qu'Obama dévoile son plan pour l'Afghanistan — REUTERS/J.YOUNG

De notre correspondant à Los Angeles

C'est désormais sa guerre. Alors que celle en Irak touche à sa fin, Barack Obama a dévoilé son plan pour l'Afghanistan mardi soir, devant les cadets de la Military Academy de West Point, à New York. Le but: «Enrayer la résurgence des Talibans, accroître la pression sur Al-Qaïda et effectuer une transition avec les forces de sécurités afghanes». Comment? Avec l'envoi de 30.000 soldats supplémentaires, déployés «le plus vite possible» dans la première moitié de 2010, avec un début de retrait prévu pour juillet 2011. Obama a-t-il convaincu, alors que la moitié des Américains sont opposés à cette guerre lointaine qui s'éternise après huit ans? Le point sur le plan et la performance du président.
 
 
Ce qu'il a annoncé
30.000 soldats, c'est 10.000 de moins que ce que réclamait le général McChrystal, commandant en chef des forces américaines et alliées en Afghanistan (carte). Ils s'ajouteront aux 68.000 troupes américaines déjà sur place et aux 45.000 de la force internationale de l'Otan. Au total, il y aura donc 100.000 soldats américains (contre 160.000 en Irak au plus hauts). Obama veut un déploiement «le plus vite possible» au cours de la première moitié de 2010. Une telle logistique est complexe, car l'Afghanistan ne dispose pas d'une base de déploiement comme le Koweït l'est à l'Irak. Il compte également sur un partenariat avec le Pakistan voisin pour s'assurer que les talibans ne se réfugient pas à la frontière entre les deux pays. Le président américain a surtout fixé une date pour le début d'un retrait à juillet 2011. Il s'est dit «confiant» sur le fait que les alliés répondraient à son appel pour envoyer davantage de troupes. Au vu des déclarations françaises, il s'avance un peu. Le président américain a enfin chiffré le surcoût pour le budget de 2010 à 30 milliards de dollars et promis «une transparence totale» sur les futures dépenses.
 
La manière
Ce n'était certes pas Winston Churchill. Mais mardi, Obama avait revêtu son costume de «commander in chief». Le ton fut ferme, la cravate rouge et le regard parfois braqué face caméra, pour regarder ses concitoyens droit dans les yeux. Il a souvent fait référence au 11 septembre et engagé les Américains «à retrouver leur unité», rappelant à plusieurs reprises que les responsables des attaques contre les twin towers «venaient d'Afghanistan, pas d'Irak». Il a aussi prévenu: «Al-Qaïda prépare de nouveaux attentats à l'heure où je vous parle». Il s'est également directement adressé aux Afghans, expliquant: «Nous n'avons aucun désir d'occuper votre pays» et au président Karzaï, prévenant qu'il refuserait «de signer un chèque en blanc» et que les Afghans devraient «prendre leur destiné en main et lutter contre la corruption».
 
Fixer une date pour le retrait, un pari risqué
«La mission doit être achevée avec des objectifs et un coût raisonnables», a dit Obama, rappelant que le pays traversait «la pire crise depuis la Grande Dépression». Il refuse donc de s'engager «sur un plan de reconstruction à 10 ans», comme certains le réclament. Mais démarrer un retrait à la mi 2011 laissera à peine une petite année aux soldats pour accomplir leurs objectifs. «On ne peut pas être à moitié enceinte», a raillé Karl Rove, l'ancien stratège de George Bush, sur Fox News. «Le problème, c'est le message que cela envoie aux Talibans. Ils ont résisté pendant huit ans. Ils peuvent le faire 18 mois de plus et revenir», a estimé le sénateur républicain Lindsey Graham sur CNN. En choisissant une voie médiane, Obama prend le risque de ne satisfaire personne.