Le dernier grand criminel nazi à nouveau devant la justice

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Publié le 30 novembre 2009.

ALLEMAGNE - John Demjanjuk, jugé à partir ce lundi, est accusé de complicité dans le meurtre de 27.900 juifs...

Ce n'est pas sa première comparution. John Demjanjuk, 89 ans, accusé d'être un des derniers grands criminels nazis encore en vie, est à nouveau jugé à partir de ce lundi en Allemagne. Il est accusé de complicité dans le meurtre de 27.900 juifs. Il a été amené sur une civière à la reprise de son procès ce lundi après-midi à Munich mais a terminé l'audience en blaguant avec son avocat.

Une entrée remarquée...

Recouvert des pieds à la tête par une couverture blanche, l'accusé, âgé de 89 ans, a agité un bras pendant que des experts médicaux témoignaient qu'il était apte à être jugé pour son rôle présumé d'ancien garde au camp de Sobibor, en Pologne. Le juge a suspendu la séance au bout de 20 minutes, un responsable du tribunal affirmant que l'accusé souffrait de maux de tête. Vingt-huit minutes plus tard, il est revenu, toujours allongé sur sa civière, mais le visage cette fois à découvert pour la reprise du procès.
 

Le docteur Albrecht Stein, qui l'a examiné plusieurs fois depuis son transfert en Allemagne et témoignait de sa capacité à comparaître, a indiqué lui avoir injecté un antalgique. Le docteur Christoph Nerl, hématologue, a ensuite rendu compte de la maladie du sang dont souffre Demjanjuk, le syndrome myélodysplasique, une maladie chronique qui n'est «en aucun cas une leucémie». Compte tenu de la lenteur de l'évolution de ce syndrome et de l'état actuel de sa formule sanguine, Demjanjuk est «tout en bas dans l'échelle des groupes à risques», a-t-il assuré. L'audience a ensuite été levée, pour reprendre mardi à 10 heures.

Retour sur son parcours

Cet apatride d'origine ukrainienne risque la perpétuité si la cour d'assises de Munich reconnaît qu'il a été garde en 1943 dans le camp d'extermination de Sobibor, aujourd'hui en Pologne. Il est le numéro un sur la liste des criminels de guerre nazi du Centre Simon Wiesenthal. Retour sur son parcours.
 
En 1952, il s'établit aux Etats-Unis. Il obtient la nationalité américaine six ans plus tard. Demjanjuk s'installe alors dans l'Indiana avec son épouse.
 
À la fin des années 1970, son passé est exhumé et il est accusé d'avoir été gardien au camp de concentration de Treblinka et surnommé par les prisonniers «Ivan le terrible».
 
En octobre 1983, Israël présente une demande d'extradition aux Etats-Unis. Elle est acceptée en 1986.
 
En 1988, Demjanjuk est condamné à mort en Israël. Mais il est acquitté, en août 1993, par la Cour suprême en raison de doutes sur son identité. Il retourne aux Etats-Unis.
 
En 2002, il est déchu de sa nationalité américaine pour avoir caché son passé dans des camps nazis. Il assure qu'il était dans l'Armée rouge et avait été fait prisonnier par les Allemands en 1942.
 
En mai 2009, il est expulsé des Etats-Unis, à l'issue d'une longue bataille judiciaire notamment à cause de son mauvais état de santé.
 
En novembre 2009, s'ouvre son deuxième procès. Les justices américaine et allemande l'ont estimé apte à être jugé moyennant deux sessions de 90 minutes seulement par journée d'audience. Il est arrivé sur une civière à son procès ce lundi. D'ici à mercredi soir, la cour prévoit d'entendre l'accusé et dix-neuf de la trentaine de parties civiles, survivants de Sobibor ou descendants de disparus.
 
250.000 personnes ont péri à Sobibor

 
Comme témoignage direct de la présence de Demjanjuk à Sobibor, l'accusation ne dispose que des déclarations écrites de témoins aujourd'hui décédés. Elle a aussi en sa possession une carte d'identité établie par les SS attestant que Demjanjuk avait été formé comme garde de camp et envoyé à Sobibor.
 
L'accusation possède également des décisions de tribunaux israélien et américain selon lesquelles il a notamment été dans ce camp où quelque 250.000 personnes ont péri. Pour elle, Demjanjuk y a été garde durant près de six mois en 1943, période pendant laquelle 27.900 juifs ont été gazés: il est donc forcément complice de cette extermination.
M. D. avec agence
Un procès attendu

L'ouverture du procès s'annonce chaotique car la salle d'audience ne peut accueillir qu'environ 150 personnes, alors que journalistes, rescapés de l'Holocauste ou leurs descendants sont venus du monde entier pour y assister.
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