Qui sera le visage de l'Europe? Les Vingt-Sept doivent en décider ce jeudi lors d'un sommet extraordinaire à Bruxelles. Ils désigneront le futur président du Conseil européen (composé des chefs d'Etat et de gouvernement) qui incarnera l'UE et la représentera à l'extérieur.
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Ce poste, issu du traité de Lisbonne, doit permettre d'apporter simplicité, cohérence et continuité à l'action européenne en rompant avec la présidence tournante actuelle de l'Union. Salaire: 304.000 euros net par an. Le mystère planait hier encore sur le nom de l'heureux gagnant. Entre tractations de couloir et foire d'empoigne, à l'image des débats ces dernières semaines, le sommet promet d'offrir son habituel lot de psychodrames.
Absence de transparence
Nombreux sont ceux qui dénoncent l'«opacité» de la procédure de nomination, paradoxale pour une Europe qui aspire à plus de lisibilité. Les critères de recrutement sont flous, «au risque d'être instrumentalisés au service d'autres objectifs politiques propres à chaque pays», souligne Yves Bertoncini, professeur à Sciences-Po Paris.
Même le nombre exact de candidats - au moins une vingtaine - est inconnu. «C'est un poste délicat d'un point de vue politique. D'où la discrétion pour en débattre», se défend Jesus Carmona, porte-parole du Conseil européen. >> Qui sont les candidats? Pour le savoir, cliquez ici
Le poste lui-même, de deux ans et demi, renouvelable une fois, n'est pas clairement défini dans le traité de Lisbonne. Que fera concrètement le président du Conseil européen? Surtout, quelle sera la répartition des rôles entre lui, le haut représentant pour la politique étrangère et vice-président de la Commission (qui doit aussi être nommé aujourd'hui) et le président de la Commission, José Manuel Barroso?
«Un risque de cacophonie»
«Il y a un risque de concurrence et de cacophonie», relève Thierry Chopin, chercheur à la Fondation Robert-Schuman, en particulier dans le domaine de la diplomatie. «La définition des rôles de chacun se fera dans un rapport de force», renchérit Yves Bertoncini. Le choix des personnes désignées sera donc déterminant, selon que le président sera charismatique, au risque d'éclipser les autres, ou non.
«La puissance du rôle va dépendre de sa personnalité. Mais il faudrait quelqu'un qui fasse bouger la machine», assure Jesus Carmona. Quant au risque de concurrence entre les fonctions, «ce sont les sujets abordés qui détermineront l'interlocuteur», suggère-t-il. Le président du Conseil européen devrait en tout cas être «un facilitateur de consensus, explique Thierry Chopin. Il oeuvre pour une plus grande cohésion face à l'hétérogénéité des vingt-sept Etats membres.» Le travail ne devrait pas manquer.