La circoncision, un défi contre le sida

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Publié le 12 novembre 2009.

AFRIQUE DU SUD - Une campagne massive et sans précédent est menée dans le township d'Orange Farm...

C'est un petit bâtiment rose avec vue sur la gare et la rase campagne, planté à l'entrée du township d'Orange Farm, à 40 km de Johannesburg. Son nom: «Bophelo Pele, centre de circoncision». Dans cette communauté pauvre d'environ 400.000 habitants où le chômage avoisine les 70%, on y opère à tour de bras au nom de la prévention contre le sida, qui touche le record mondial de 5,7 millions de personnes en Afrique du Sud. Selon les études menées par Bertran Auvert, chercheur français et directeur du projet, «la circoncision réduit en effet de 60% le risque d'infection». Comment l'expliquer? «La face interne du prépuce, très fine, peut retenir le virus et pénétrer dans l'organisme.»


«La seule prévention à 100% reste le préservatif»

En deux ans, près de 12.000 hommes d'Orange Farm se sont déjà fait circoncire dans le centre. Pour sensibiliser la population, Bophelo Pele mène une campagne de communication tous azimuts à la radio et dans la rue. Avec succès, apparemment. Ce matin-là, huit jeunes garçons ont fait le déplacement. Handsome, 16 ans, a mis des mois avant de se laisser convaincre: «Tous mes amis l'ont fait sauf moi. J'avais peur d'avoir mal, mais ils m'ont dit qu'on ne sentait rien, dit-il en grelottant, assis sur le lit avant l'opération. Pourvu que ça passe vite, et après ce sera fait.» Il jette un regard furtif autour de lui. Dans la pièce flotte une entêtante odeur de désinfectant, tandis qu'une pile de ciseaux fraîchement lavés sèchent sur une banquette en skaï.

Cette campagne de circoncision massive, financée par l'Agence nationale de recherche sur le sida (un organisme français), est sans précédent dans l'histoire de la médecine. Elle a vu le jour il y a deux ans après une étude concluante effectuée par Bertran Auvert sur 3.000 habitants, et dont les résultats ont été confirmés par des chercheurs américains. Mais, au début, les scientifiques ont dû batailler pour convaincre. «Les militants français, comme Act Up et Sidaction, ont été les plus virulents, explique Bertran Auvert. Ils rappelaient que la seule prévention à 100%, c'est le préservatif.» Les autorités sud-africaines elles-mêmes étaient réticentes. « L'ex-ministre de la Santé disait que la circoncision était une pratique traditionnelle et qu'il ne fallait pas s'en mêler », se souvient Dirk Taljaard, un scientifique qui travaille avec le chercheur français. En Europe, d'autres ont fustigé une campagne utilisant « des cobayes humains en Afrique ». « On ne cherche pas à faire du fric ni à exploiter les gens, rétorque Taljaard. On essaie de les aider. La circoncision comme moyen de prévention contre le sida est une vérité inconfortable, car pour certains c'est une mutilation. Mais elle n'a pas le même sens en Europe qu'ici, où des milliers d'hommes sont circoncis.»

L'efficacité sur le virus sera connue dans deux ans

Au sein même d'Orange Farm, la campagne a été bien accueillie, hormis par les autorités traditionnelles : elles estimaient que les médecins leur « piquaient leur business » ou se plaignaient que la circoncision, rite d'initiés, sème ainsi ses secrets aux quatre vents. Avec le temps, les réticences se sont estompées. Au point, curieusement, que des jeunes hommes viennent à Bophelo Pele au nom de la tradition. Ainsi, en hiver, période réservée à la circoncision traditionnelle, le centre ne désemplit pas. Et Dirk Taljaard a vu plus d'une fois débarquer des jeunes transis de froid après s'être jetés dans la rivière glacée. « Ils disent que, comme ça refroidit le corps, ça prévient les infections et la douleur. » De leur côté, les femmes semblent favorables à l'opération. « Elles disent que le sexe est meilleur quand un homme est circoncis », glisse Audrey, en charge du porte-à-porte dans le township.

Le risque, c'est que les hommes se croient protégés au point de se passer du préservatif. « Cette crainte existe, reconnaît Bertran Auvert. Mais elle n'a pas été confirmée par les faits jusqu'à présent. » En outre, l'efficacité de cette campagne est inconnue pour l'heure. « On saura son effet sur la prévalence [nombre de cas dans une population] du VIH dans deux ans », affirme le chercheur. D'ici là, le centre espère circoncire encore quelque 10.000 hommes.

Faustine Vincent, envoyée spéciale en Afrique du Sud
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