INTERVIEW - Un stratège démocrate évalue pour 20minutes.fr la performance du président américain...
De notre correspondant à Los Angeles
>> Le point de vue opposé d'un républicain, c'est ici
Quelle note donnez-vous à l'élève Obama?
Un solide B+ (environ 15/20, ndr). Il est arrivé dans la pire situation que le pays ait connue depuis Franklin D. Roosevelt en 1932, que ce soit sur le front économique ou celui de l'image des Etats-Unis dans le monde. Même s'il reste encore beaucoup à faire, Obama a été courageux.
Jugez-vous la situation économique meilleure aujourd'hui? A qui le crédit?
Les républicains veulent évidemment lui retirer tout crédit. Mais la planète financière mondiale était au bord du précipice, après huit ans sous George Bush pendant lesquels le terme «régulation» était devenu un gros mot. Obama a commencé le ménage, passé des plans massifs et s'est posé comme un leader pour faire repartir la machine. Les derniers chiffres de la croissance lui donnent raison.
Fermeture de Guantanamo, retrait d'Irak, décision sur l'Afghanistan... Il n'est pas en avance sur ses promesses...
L'économie était la priorité. Il fallait agir tout de suite. Pour le reste, Obama n'est pas le seul à ramer dans la barque. Sur la scène internationale,
le Nobel de la paix n'est pas forcément tombé au meilleur moment, alors qu'il songe à envoyer des troupes en Afghanistan. Face à la faible popularité de cette guerre, il va risquer de devoir couper le bébé en deux (et de ne pas envoyer autant de renforts que certains le demandent, ndlr). Mais aux Etats-Unis comme à l'étranger, imaginez un instant où l'on en serait si McCain avait été élu et continué dans la ligné de Bush. Dieu merci les Américains ont dit «assez».
Le taux d'Américains satisfaits par son travail a pourtant chuté de 70%, aux plus hauts, à 52%. La lune de miel est terminée?
Ce type de sondage, c'est comme prendre le pouls d'un patient. Ne pas rester sur les plus hauts niveaux est normal. Mais surtout, le débat sur la réforme du système de santé divise beaucoup. Les républicains sont malins et déforment les faits sans honte, pour jouer sur la peur. Une fois le texte voté, on passera à autre chose.
Le texte justement. Selon certains à gauche, il n'est pas assez ambitieux...
La réforme du système de santé, c'est un serpent de mer. En voulant proposer quelque chose de tellement complexe et ambitieux, Hillary Clinton s'y est cassée les dents en 1993. Il faut comprendre une chose: 89% des Américains ont d'une manière ou d'une autre, une forme de couverture. Le système fonctionne mal et coûte cher, mais ils sont habitués à quelque chose. Une réforme, c'est l'inconnu. Sans compter que les premiers bénéficiaires du projet seraient tous ceux sans assurance. Qui, dans une vaste majorité ne votent pas et paient peu d'impôts. Le réflexe naturel est donc de dire «qu'est-ce que je vais perdre pour qu'eux soient couverts». Obama répète: «Si vous êtes satisfaits, vous pourrez garder votre plan». C'est un terrain miné, sur lequel il navigue pour l'instant avec succès.
Propos recueillis par Philippe Berry