INTERVIEW - Un stratège républicain évalue la performance du président américain...
De notre correspondant à Los Angeles
Le 4 novembre 2008, une immense partie du pays explosait de joie. Alors que le champagne coulait à flot, Barack Obama promettait une route «longue et difficile». Samedi, l'émission Saturday Night Live moquait une première année au cours de laquelle Obama n'aurait pas fait grand chose. Patrick Dorinson est un spécialiste républicain des questions de stratégie et de communication, qui a a notamment travaillé sur la campagne victorieuse d'Arnold Schwarzenegger en 2003. Pour 20minutes.fr, il dresse son bilan, un stetson de cowboy toujours vissé sur la tête.
>> Le point de vue opposé d'un stratège démocrate, c'est ici
Quelle note donnez-vous à l'élève Obama?
Un C d'encouragement (tout juste la moyenne, ndlr). Principalement car il n'a pas causé de catastrophe majeure, malgré son inexpérience.
Il est arrivée avec une crise économique sur les bras. Jugez-vous la situation meilleure aujourd'hui? A qui le crédit?
Il a stoppé l'hémorragie qui ravageait le système financier. Et oui, le PIB a augmenté au trimestre dernier. Mais à la fin de la journée, les Américains perdent toujours leur job. Il avait promis de tenir le chômage sous les 8%. On va plutôt vers les 10. On reste dans une reprise sans emploi.
Fermeture de Guantanamo, retrait d'Irak, décision sur l'Afghanistan... Il n'est pas en avance sur ses promesses...
Exactement. Il a promis espoir et changement, mais les Américains découvrent que c'est un politicien comme les autres. D'un côté il appelle tout le monde à faire des sacrifices, explique que les Américains ne peuvent continuer à être irresponsables et vivre sur leurs cartes de crédit. De l'autre, son administration dépense comme un marin ivre. Il avait promis de mettre fin aux excès. Quand on regarde à la loupe les plans de relance, il y a tellement de «gras» (pork, ndlr) attaché que cela en devient écœurant. Qu'on vienne m'expliquer pourquoi l'argent du contribuable devrait être dépensé pour des
études sur la vie sexuelle des étudiantes. Ce n'est pas de cette façon qu'il va réparer la crise de confiance entre les Américains et le gouvernement.
Sur la scène internationale, n'a-t-il pas redoré l'image des Etats-Unis?
Décrocher le prix Nobel de la paix juste parce qu'il n'est pas George Bush n'est pas un accomplissement en soi. Il aurait dû refuser le prix, et peut-être l'aurait-il mérité pour son action dans quelques années. Bonne chance pour faire passer la pilule d'un envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan.
Le taux d'Américains satisfaits par son travail a chuté de 70%, aux plus hauts, à 52%. La lune de miel est terminée?
C'est l'éternelle histoire: bienvenue dans la cour des grands. C'était évident qu'il ne resterait pas à 70%. Dans un premier temps, sa popularité suffisait à tirer son score vers le haut. Maintenant, la réalité l'a rattrapé: il reste un président inexpérimenté qui doit faire ses preuves, dans un pays toujours très divisé sur de nombreux dossiers.
La réforme de l'assurance maladie arrive justement devant le Congrès. Le compromis qui se dessine est-il satisfaisant? Le texte va-t-il passer?
Quand je vois un texte de 2.000 pages, j'ai tout de suite peur. Obama a les yeux plus gros que le ventre. Vu la situation économique actuelle, il aurait été plus sage dire dire: «Voilà là où nous voulons aller. On ne peut pas se le permettre pour l'instant, mais point par point, nous allons corriger les principales injustices, mieux protéger ceux qui perdent leur emploi et combattre les assureurs sur le refus de traitement en cas de conditions préexistantes». Mais là, vouloir dépenser autant pour des effets que les Américains ne ressentiront pas avant 2013, ce n'est pas raisonnable.
Propos recueillis par Philippe Berry