Réforme du système de santé américain: les démocrates divisés sur le financement public de l'avortement

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Publié le 30 octobre 2009.

ETATS-UNIS - Un groupe de 40 parlementaires menace de bloquer le texte s'il n'interdit pas l'emploi de fonds fédéraux pour rembourser la procédure...

De notre correspondant à Los Angeles

La réforme tant souhaitée par Obama pourrait capoter pour de nombreuses raisons. En vrac: l'inquiétude face aux dépenses, l'influence des lobbies ou encore la question de la couverture pour les clandestins. Mais depuis quelques jours, un sujet est revenu sur le devant de la scène: celui de l'avortement. Ou plus exactement de son financement.
 
Jeudi, la démocrate Nancy Pelosi a présenté le texte –un beau bébé de 1990 pages proposant notamment d'instaurer une option de couverture publique– qui sera débattu la semaine prochaine par la Chambre basse du Congrès. Le représentant démocrate du Michigan Bart Stupak a déjà prévenu: si son amendement interdisant l'utilisation de fonds fédéraux dans le cadre d'un avortement n'est pas inclus, il ne soutiendra pas le texte. Ce catholique espère «qu'une bonne partie» d'un bloc d'une quarantaine de ses collègues démocrates tendance conservateurs se joindront à lui. Mathématiquement, si 41 démocrates votaient avec les 177 républicains de la Chambre, ils pourraient empêcher que le texte soit débattu. L'argument est le suivant: si je suis un Américain pro-life (anti-avortement), je ne veux pas que mes impôts servent à prendre en charge une procédure opposée à mes principes.
 
Légal mais peu pris en charge
 
La situation actuelle est pour le moins complexe. En 1973, la décision Roe v. Wade légalise l'avortement dans tout le pays. Trois ans plus tard, l'amendement Hyde limite drastiquement l'utilisation de fonds fédéraux (l'argent du contribuable, donc) pour la prise en charge d'un avortement par Medicaid (l'assurance santé publique pour les personnes à bas revenus qui couvre actuellement 50 millions d'Américains). Depuis, des exceptions ont été instaurées en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère. Et 17 Etats utilisent leurs propres deniers pour rembourser une procédure qui coûtait en moyenne 372 dollars en 2001
 
Cotés privé, près de 90% des assureurs rembourse un avortement sur le papier. Problème:
  • certains employeurs choisissent de ne pas proposer cette offre à leurs employés
  • ou ce sont carrément des Etats, surtout dans le Midwest, qui interdisent l'emploi de fonds... même privés
 
Au final, une immense majorité des femmes qui décident d'avorter paie la procédure de leur poche, selon des chiffres du Guttmacher Institute. «Le drame dans l'histoire, c'est ce que ce sont souvent les femmes le plus en difficulté qui sont victimes de l'injustice du système», confie à 20minutes.fr une employée d'une clinique de Los Angeles, sous couvert d'anonymat.
 
Qu'est-ce qui changerait avec la réforme?
 
Rien n'est clair pour l'instant. Mais selon le raisonnement de certains démocrates, la situation pourrait empirer si l'amendement de Bart Stupak passait. Il étendrait en effet les restrictions à l'offre d'assurance publique mise en place par la réforme. Une femme qui quitterait son assureur privé pour l'offre publique pourrait donc perdre la prise en charge de l'avortement dont elle disposait.
 
Au milieu de tout ça, Obama a juré que le texte qu'il validerait préserverait le délicat statut-quo. Les débats au Congrès s'annoncent houleux.
Philippe Berry
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