Depuis le début de l'offensive de l'armée au Sud-Waziristan samedi dernier, Islamabad vit dans la crainte d'attentats. Mardi, sept personnes dont deux kamikazes ont été tuées dans des attaques suicides perpétrées à l'université islamique d'Islamabad. A Aabpara market, l'un des marchés les plus populaires de la capitale, femmes et enfants ont déserté les bazars.
«On va le payer cher!»
Ali marche d'un pas pressé. «Ma famille reste à la maison et je fais les courses rapidement car il peut y avoir un attentat à tout moment. Si on est habitués à vivre avec ce risque quotidien, depuis l'opération au Waziristan, le danger est encore plus important.» Mais, malgré la peur des représailles, ici, on soutient cette guerre. «On ne veut plus des talibans. C'est un véritable cancer qui ronge notre pays. Si on ne fait rien, on retourne au Moyen-Age, sous leur dictature, comme ils ont fait depuis qu'ils ont pris la vallée de Swat», lance Qamber, commerçant. «On va le payer cher! Mais c'est un mal nécessaire», renchérit un client.
Ecoles fermées
Avant l'attentat de mardi à l'université islamique d'Islamabad, le gouvernement avait décidé la fermeture des établissements scolaires. Mais cela fait longtemps que Shaheeda, étudiante en médecine, n'ose plus aller à la faculté. «Les talibans sont contre l'éducation des filles et on est des cibles. L'armée doit faire son devoir. Car on ne veut pas d'une société barbare. On est pour l'éducation et le progrès.»
La capitale, siège du pouvoir, des ambassades, des multinationales et des ONG, est dans la ligne de mire des fondamentalistes qui ont promis d'y multiplier les attaques en réaction à l'opération lancée samedi au Sud Waziristan, bastion des talibans pakistanais (TTP) dirigés par Hakimullah Mehssud. Le porte-parole de l'armée, Atthar Abbas, confirme : «On s'attend, dans les prochains jours, à une riposte sanglante des talibans implantés dans les grandes villes, en particulier à Islamabad, symbole du pouvoir.» D'autant que la ville n'est qu'à deux heures de Peshawar, carrefour vers les zones tribales. La ville est sous alerte maximale : axes bloqués par d'impressionnants barbelés, checkpoints, murs de sécurité... Islamabad sent la peur.