En ce lundi, au centre de crise (CDC) du ministère des Affaires étrangères, c'est le calme avant la tempête. Au fond d'un bureau, deux agents surveillent la situation en Guinée. Sur leurs bureaux, une rangée d'ordinateurs où ils reçoivent les dépêches d'agences de presse et les informations que leur transmettent ambassades, entreprises et civils français à l'étranger. Devant eux, un écran de la taille du mur diffuse des chaînes d'info du monde entier et les données sur les pays à risques. Inauguré le 2 juillet 2008, le centre de crise est une fusion de deux ex-cellules du ministère, la sous-direction de la sécurité des personnes et la délégation à l'action humanitaire. Ses missions: assurer la sécurité des Français à l'étranger en cas de crise, veille opérationnelle, et suivi des victimes.
«Avant la création du centre, les deux cellules faisaient parfois le travail en double: deux avions étaient envoyés sur les lieux d'une crise. Maintenant, c'est rationalisé, et nous avons plus de moyens. Mais ils ne sont pas colossaux non plus», explique Serge Mostura, le directeur du centre. L'année dernière, le CDC, où travaille une cinquantaine d'agents du Quai d'Orsay, a géré 59 prises d'otages, effectué 13 missions de soutien en situation de crise et fait évacuer 3.500 personnes. Avec plus de 2 millions de Français vivant à l'étranger (40 % de plus qu'il y a dix ans) le travail ne manque pas. En cas de crise, le centre peut recevoir entre 10.000 et 12.000 appels par semaine. C'est ce qu'il s'est passé lors de l'ouverture de la cellule de crise pour la grippe A.
Mais la mécanique bien huilée du centre peut s'enrayer. Depuis la fusion des deux entités du ministère, «il n'y a plus de missions de prévention sur le terrain, c'est avant tout un centre téléphonique, critique un ancien collaborateur. Les seules interventions se résument à l'envoi d'un avion avec quelques psys. Les crises sont devenues un instrument de communication politique et un moyen de passer à la télé.» Le suivi psychologique fait aussi parfois défaut. Sous couvert d'anonymat, la mère d'une jeune Française morte dans un attentat à l'étranger s'est sentie «complètement lâchée par le gouvernement» après le drame. Pas de suivi psychologique, mauvaise prise encharge et l'impression que, passé la situation d'urgence, elle n'intéressait plus les autorités. «On essaie de faire les choses aussi vite et bien que possible, mais on ne peut pas tout faire, admet Serge Mostura. Ces moments restent traumatisants, quoi que l'on fasse.»