La femme de Checkpoint Charlie

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Publié le 13 octobre 2009.

Elle s'appelle Jutta Gallus. Mais en Allemagne comme ailleurs, tout le monde la connaît sous le nom de « la femme de Checkpoint Charlie », du nom de l'ancien point de passage entre l'Est et l'Ouest. Son histoire ressemble à celle de milliers de citoyens de l'ex-RDA, séparés brutalement de leur famille après la construction du mur de Berlin en 1961, et qui tentèrent de fuir la dictature communiste en passant de l'autre côté. A trois reprises, Jutta avait demandé aux autorités de pouvoir quitter le territoire pour rejoindre son père en RFA. En vain. En 1982, elle décide alors de passer illégalement la frontière avec ses filles, Claudia et Beate. Trahie, elle est arrêtée puis jetée en prison. Ses filles, de 9 et 11 ans, sont placées en foyer, puis confiées à son ex-mari, un fidèle du régime. Elle ne les reverra pas pendant six ans.

Après deux ans de détention, Jutta est rachetée par l'Allemagne de l'Ouest, comme l'ont été 35 000 prisonniers politiques. Une fois de l'autre côté du mur, elle décide de se battre pour que ses filles puissent la rejoindre. Elle raconte : « Je me suis postée devant le Checkpoint Charlie, à Berlin, avec une pancarte accrochée autour du cou qui disait : "Rendez-moi mes enfants ! Ce qui unit les êtres humains ne peut être séparé par des frontières". » La presse internationale s'empare de l'histoire de cette femme timide endossant le rôle de mère courage et de résistante face à la dictature communiste. Jutta ira jusqu'à rencontrer le pape pour défendre sa cause. La délivrance intervient le 24 août 1988 sous la forme d'un télégramme du ministère des Relations intra-allemandes : « Vos filles arrivent ! ». Les retrouvailles font la une des journaux. « On commence enfin à vivre », confient alors les filles à leur mère. « C'est le plus beau compliment qu'elles pouvaient me faire », sourit Jutta. Le 9 novembre 1989, la famille a vu le mur tomber à la télévision, dans sa maison, à Munich. Jutta n'a pas voulu aller à Berlin pour participer à la liesse populaire : « Sait-on jamais, le mur aurait pu se refermer ! »

Vingt ans ont passé. Claudia est aujourd'hui monteuse et Beate, chorégraphe. De son côté, Jutta, coquette sexagénaire au rire facile, témoigne sans relâche sur son passé en ex-RDA et dirige un centre de documentation sur la Stasi. Un travail nécessaire face à tous ceux qui « refoulent ou enjolivent la dictature communiste en tentant de la justifier ». Car « l'Ostalgie, la nostalgie de l'Est, reste vivace ». Avec son témoignage, Jutta entend sortir les rêveurs de leur torpeur. W

Faustine Vincent
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