ETATS-UNIS - Vous avez du mal à comprendre l'actuel débat outre-atlantique sur la réforme de l'assurance maladie? 20minutes.fr fait le point...
Barack Obama en a fait son cheval de bataille dès l’année dernière lors de la campagne présidentielle. La réforme de l’assurance-maladie bat son plein aux Etats-Unis. Pour comprendre le débat complexe qui se tient actuellement outre-atlantique, il faut d’abord s’intéresser à la situation actuelle.
Comment sont couverts les Américains aujourd’hui?
Près de 47 millions de personnes n’ont pas d’assurance-maladie aux Etats-Unis, sur un total de plus de 300 millions d'habitants. A ceux-là, s’ajoutent 25 millions de personnes qui sont mal assurées. Pourtant, les Etats-Unis figurent parmi les
pays de l’OCDE qui dépensent le plus en matière de santé, soit 16% du PIB, contre 11% en France. Or, à peine un quart de la population américaine est couverte par une assurance publique. Les Américains ont le choix entre
Medicare (réservé aux plus de 65 ans et aux invalides) et
Medicaid (réservé aux plus démunis). Sinon, 60% de la population est couverte par une assurance proposée par l’employeur. Mais étant donné les coûts de plus en plus importants pour l’entreprise, de nombreux employeurs ont cessé d’offrir cette possibilité à leurs employés. Enfin, 10% de la population est assurée auprès d’organismes privés. Cette option, dont le prix est généralement exorbitant, est réservée à une clientèle aisée.
Que propose Barack Obama?
A l’origine, l’élément central des propositions de Barack Obama était la création d’une «option publique» au sein d’un programme national d’assurance maladie. Ce qu’il souhaite, c’est que cela soit une possibilité pour tous les Américains, et pas seulement pour les plus de 65 ans (Medicare) ou les plus pauvres (Medicaid). Pour les personnes disposant déjà d’une assurance-maladie par le biais de leur entreprise, le président américain a promis que la réforme ne changerait rien. Comme il l’a expliqué lors des
différentes réunions d’information qu’il a animées ces dernières semaines, il penche également pour l’interdiction des discriminations à l’égard des personnes ayant un historique de santé. Il n’a toutefois pas expliqué comment cette interdiction serait mise en place.
Pourquoi les républicains s’opposent à ce projet?
Les républicains voient dans cette réforme le risque d’une trop forte immixtion du gouvernement. Joint par 20minutes.fr, Thomas Snégaroff explique: «La question de l’assurance-maladie renvoie à la liberté de choix chère aux Américains.» Selon l’auteur de «Faut-il souhaiter le déclin de l’Amérique?» (à paraître le 9 septembre aux Editions Larousse), «les républicains estiment que la conséquence d’une option publique serait une assurance-maladie étatique». C’est pour cette raison qu’ils ont créé une véritable fronde contre cette réforme. Depuis la fin de la session parlementaire au début du mois d’août, ils
multiplient les messages, «quitte à mentir», précise Thomas Snégiroff. «Ils disent par exemple que tout cela allongerait le processus médical et que les gens mourront», explique-t-il. Autrement dit, la liste d'attente pour une option publique serait tellement longue que les professionnels de santé seraient amenés à privilégier certains patients - les plus jeunes -, au détriment d'autres - les plus âgés -. Un autre de leur message phare est de répéter qu’avec cette réforme, les gens qui ont actuellement une assurance-maladie par leur employeur s’en trouveront dépourvus car ce dernier rechignera à payer, renvoyant les salariés vers l'option publique.
Qu’en pensent les Américains?
Si le débat fait rage, c’est justement parce qu’il est difficile de savoir où se positionnent les Américains. En mars 2009, les sondages montraient qu’une majorité d’entre eux souhaitaient un changement profond de leur système de santé. Pourtant, aujourd’hui, une grande partie de la population s’oppose au plan d’Obama et le juge trop ambitieux. Un
récent article du
New Yorker avançait l’explication suivante: «Ce que cela suggère, c’est que quand les gens ont une assurance, ils tendent à surévaluer celle-ci, même si le système actuel est globalement défectueux. Et de fait, 70% des Américains se disent satisfaits de leur couverture actuelle.» De peur de la perdre avec la nouvelle réforme. Pour le magazine, «la clé [pour faire passer une telle réforme] est de travailler en concertation, plutôt qu’en opposition, au désir de sécurité de la population.»
2010 en ligne de mire
A l’approche des élections sénatoriales de 2010, le débat actuel ne risque pas de s’apaiser. Les sénateurs qui jouent leur avenir vont devenir de plus en plus frileux, de peur de ne pas se voir réélus. Olivier Richomme, maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Lyon II-Lumière explique à 20minutes.fr que «les républicains vont vouloir décrédibiliser à tout prix les démocrates». Alors que de leur côté, ces derniers «vont absolument vouloir faire passer un texte. Mais pour le moment, on ne sait absolument pas à quoi il ressemblera», juge Thomas Snégaroff.
Elodie Lestrade