La vidéo est de mauvaise qualité, probablement filmée avec un téléphone portable. On y voit des hommes enturbannés assis dans la poussière, en train de remplir des bulletins de vote par dizaines. Ils les plient et les entassent dans des urnes en plastique. « Mets-en quand même deux pour Abdullah ! », s'exclame l'un d'eux. Les autres éclatent de rire. Cette séquence est projetée sur un écran plat dans le jardin de la luxueuse maison à Kaboul du Dr Abdullah, le principal rival du président Hamid Karzai à l'élection présidentielle de jeudi dernier.
Depuis le scrutin, les deux hommes se sont lancés dans une guerre de communication sans merci, revendiquant tour à tour une victoire écrasante. La bataille s'est poursuivie mardi alors que des premiers résultats très partiels ont été dévoilés par la Commission électorale. Ils portent sur 10 % à peine des bulletins de vote et placent Abdullah Abdullah au coude-à-coude avec Hamid Karzai (respectivement 38,6 % et 40,6 % des voix).
Bourrages d'urnes
Pour le principal rival du président, la vidéo est la preuve ultime que des bourrages d'urnes ont été organisés à grande échelle. « Karzai nous a volé le processus démocratique. L'Afghanistan ne pourra jamais s'en sortir avec ce régime qui ne respecte aucune loi », assure-t-il devant un parterre de journalistes afghans et internationaux, convoqués pour l'occasion. Dans la foulée, l'ancien ministre des Affaires étrangères exhibe un carnet contenant des dizaines de bulletins de vote. Ils sont encore attachés ensemble, mais sont déjà tous tamponnés du cachet officiel. Et, sur chacun d'eux, c'est le nom d'Hamid Karzai qui est coché. Le carnet proviendrait d'un bureau de vote situé dans le sud du pays où les électeurs n'avaient pas d'autre choix que de voter pour le président sortant.
Face à ces « preuves » le Dr Abdullah appelle au calme. Quelque 790 plaintes pour fraudes et irrégularités sont déjà parvenues à la Commission des plaintes électorales. Elle devra enquêter sur chacune d'elles avant la validation des résultats définitifs, pas avant la mi-septembre. Si les premières estimations des résultats sont confirmées et qu'un second tour est nécessaire, de vieilles divisions historiques pourraient resurgir. Cette deuxième étape opposerait en effet les Tadjiks du Nord, dont est issu Abdullah, aux Pachtounes, ethnie à laquelle appartient la famille Karzai, actuellement déchirée par une sanglante insurrection islamiste.