Quel président pour l'Afghanistan?

DECRYPTAGE – Les candidats sont nombreux, le bilan du président sortant est désastreux, pourtant les dés semblent déjà jetés...

Maud Descamps avec agence

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Des femmes afghanes passent devant des affiches électorales à Kaboul, Afghanistan.

Des femmes afghanes passent devant des affiches électorales à Kaboul, Afghanistan. — REUTERS/Ahmad Masood

Qui est en lice?
En tout, il a y 40 candidats à l'élection présidentielle de jeudi. Trois se disputent la tête du scrutin: Hamid Karzaï, le président sortant; Abdullah Abdullah, principal adversaire du président sortant et ancien ministre des Affaires étrangères; et Ashraf Ghani, un économiste internationalement respecté.
 
Qui est ce président sortant?

Hamid Karzaï, l'homme au caftan vert et violet et à la toque d'astrakan, réputé pour son élégance et sa politesse, est originaire d'une famille de pouvoir. Il a longtemps été loué par les Etats-Unis, qui l'ont porté au pouvoir à la fin 2001. Elu en 2004, il termine son mandat sur un bilan catastrophique. Une corruption galopante et une insécurité sans précédent sont le résultat de son passage au pouvoir.
 
Pourquoi est-il favori?
Grâce aux alliances passées avec des chefs de guerre pachtounes. «Ces chefs ont beaucoup d'influence dans leur région et pousseront les électeurs à voter pour Karzaï», explique Karim Pakzad, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), qui souligne néanmoins que le président sortant risque de ne pas être élu dès le premier tour.
 
Que propose Abdullah Abdullah?
Comme tous, il critique le bilan très mitigé de Karzaï. Mais Abdullah Abdullah propose également un programme pour l'Afghanistan à contre-courant de la politique du président sortant. Hamid Karzaï est l'homme d'un régime présidentiel. «Abdullah Abdullah propose de réformer le système politique afghan en en faisant un système parlementaire», explique Karim Pakzad. «Il voudrait même aller jusqu'à y ajouter une dose de fédéralisme», ajoute le chercheur. Un système qui prendrait d'avantage en compte la diversité démographique du pays, mais qui risquerait de donner plus de pouvoir aux talibans.

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Ashraf Ghani a-t-il des chances de gagner?
Cet ancien ministre des Finances ne part pas favori. Ashraf Ghani promet de tirer son pays de la pauvreté et des griffes des chefs de guerre. La campagne de cet universitaire de 60 ans, qui a renoncé à sa nationalité américaine pour pouvoir concourir, promet aux Afghans «un nouveau départ». Il présente un programme sur 20 ans, destiné à doper l'économie, l'une des plus pauvres au monde, et détourner sa jeunesse de la guerre. Il a acquis une réputation internationale mais reste peu connu dans son pays, où sa santé fragile (il a souffert d'un cancer de l'estomac pendant 12 ans) n'est pas un gage de confiance pour les électeurs. «Je n'ai pas passé d'accord avec un seul chef de guerre, n'ai pas offert de ministère, de poste de gouverneur», souligne-t-il. Mais les sondages ne le créditent que d'une quatrième place, derrière l'ex-ministre du Plan, Ramazan Bashardost (10%).

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Quel gouvernement pour Hamid Karzaï?
Partant favori, le président sortant risque donc d'être réélu.  Mais les alliances conclues avec les chefs de guerre auxquels il a promis des ministères, une fois au pouvoir, vont restreindre le pouvoir d'action du président. «Karzaï va devoir former un gouvernement avec des chefs de guerre plus que contestés, explique Karim Pakzad. On peut se demander comment il va être capable de former un ensemble cohérent et crédible», conclut le chercheur.
 

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