Pendant les vacances parlementaires du mois d'août, les membres du Congrès rentrent chez eux. L'occasion de se ressourcer et d'écouter les doléances de leurs électeurs. Et parfois, comme cette année, de se faire carrément crier dessus.
Mardi, le pauvre Arlen Specter, sénateur démocrate (républicain jusqu'à son changement de bord printanier) de Pennsylvanie a dû affronter une foule prête à le lyncher sur l'autel de la réforme de l'assurance maladie. Ces townhall meetings (réunions de quartier) sont censés être des moments pédagogiques autour du plan voulu par Obama. Mais face au manque de détails et à l'inquiétude grandissante, ça joue à qui criera le plus fort. Si possible, en étant tout rouge et en vociférant «socialiste» ou «communiste», avant de se faire escorter dehors.
«Un jour Dieu sera devant vous et vous jugera», lance l'homme au sénateur, avant de quitter la salle. Dans le Maryland, en Californie ou en Floride, les mêmes scènes se reproduisent mercredi –pour le plus grand plaisir de Fox News.
Évidemment, une partie est instrumentalisée par les conservateurs et tous les opposants à la réforme. Mais selon Politico.com, il y a un «vrai malaise» chez les seniors, présents en masse à ces réunions. Malgré les tentatives présidentielles pour les rassurer, ils sont inquiets de voir leur couverture santé Medicare (déjà gérée par le gouvernement) se réduire à une peau de chagrin alors que le plan prévoit de faire des économies dans ce programme.
Le seul à avoir connu une réunion à peu près calme, c'est le président lui-même, mardi. «Je vous sens déçus que personne ne lui ait crié dessus», a raillé le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs, devant des journalistes. Obama a tenté de désamorcer plusieurs rumeurs autour de la réforme. «Non, le gouvernement ne va pas pas décider qu'il faut débrancher grand-mère car cela coûte trop cher de la soigner», a-t-il notamment juré, alors que Sarah Palin l'a accusé de vouloir des «tribunaux de la mort» (un fantasme démonté par CNN ici). Robert Gibbs s'en est d'ailleurs pris à l'ancienne colistière de John McCain, estimant qu'elle était un exemple de ceux qui font circuler «de fausses informations».
Alors qu'un élu géorgien de la Chambre des représentants a vu son bureau taggé d'une croix gammée et que des photos d'Obama avec une moustache d'Hitler fleurissent ici et là, le débat n'est pas près de s'apaiser. Le président semble en faire les frais. Si les sondages divergent grandement sur son plan (49% contre, 43% pour selon Gallup, tandis que CNN donne 50% en faveur, 45% opposés) le taux d'approbation de son travail s'effrite doucement, à 53% d'opinions favorables, contre 65% après son inauguration. La route jusqu'à l'automne va être longue.