Si on ne fait rien, on va dans le mur. 47 millions d'Américains n'ont pas d'assurance. Pour les autres, le coût de la couverture augmente trois fois plus vite que les salaires. Les dépenses de santé flambent. Et menacent sur le long terme la reprise économique, creusant les déficits. Il faut donc agir vite, «cette année».
Le plan donnera à chacun la possibilité de conserver son assurance privée, ou d'opter pour une option publique. Des garde-fous seront placés pour empêcher les compagnies d'assurance de refuser un traitement pour «pre-existing conditions».
Pas une seconde, il n'a avancé un chiffre sur le coût de la réforme –certains agitent le trillion de dollars (1.000 milliards). Selon Obama, le Congrès a atteint un compromis pour «deux tiers» du coût, déjà couvert par une «ré-allocation des fonds des programmes qui ne marchent pas», une meilleure informatisation du système, l'utilisation de médicaments génériques et davantage de prévention.
Reste un tiers. Qui fait l'objet d'une lutte féroce sur sur Capitol Hill, entre les différentes commissions qui négocient pied à pied un texte final. Obama reste «persuadé» que son idée «est la meilleure». (Attention, c'est technique), il avait proposé de limiter -pour les plus riches- les déductions fiscales auxquelles donnent droit une assurance maladie. Il se dit «ouvert» à d'autres propositions (comme celle de Nancy Pelosi, qui augmenterait bien directement les impôts pour les familles gagnant plus d'un million de dollars).
Pour l'instant, Obama veut laisser le Sénat trouver un compris (une des raisons pour laquelle il est contraint de rester flou). Mais il avertit, «je ne signerai pas un texte qui ferait assumer le coût» de la réforme par la middle class. Il enfonce le clou: «Je suis le président».
Mais quand?
Obama avait donné au Congrès jusqu'à début août pour se mettre d'accord, avant le recess, les vacances parlementaires. Il a laissé mercredi la porte ouverte à davantage de flexibilité, estimant que s'il fallait un plan «rapidement», il en fallait «un bon». S'il a taquiné les républicains «tentés» de jouer à la gueguerre politicienne, il a un vrai problème dans le camp démocrate. Car sur le papier, Obama dispose d'une «super» majorité au Sénat, avec 60 sièges sur 100. Mais les «Blue dogs», les démocrates les plus fiscalement conservateurs du Congrès, ne comptent pas lui faire un chèque en blanc.
Selon un sondage récent, 47% des Américains approuve la manière dont il s'attaque à la réforme de l'assurance maladie –43% pas. Consolation pour le président: 54% des Américains lui fait davantage confiance qu'aux républicains du Congrès sur ce dossier (34% a l'opinion inverse).
Il y a 15 ans, Bill et Hillary Clinton s'étaient cassés les dents sur cette réforme. Les républicains et les lobbies de l'assurance maladie, qui financent grassement les campagnes de nombreux membres du Congrès, avaient bataillé, forçant l'ancienne First Lady à ranger son plan de 1.000 pages au placard. Dans la foulée, les républicains, chantant à tue-tête le refrain «Democrats = big government-loving, tax-and-spend liberal» (bureaucrates gauchistes dépensiers qui augmentent les impôts), avaient reconquis le Congrès aux élection de mi-mandat, limitant les ambitions de réformes de Bill Clinton. Obama connaîtra-t-il le même destin ?