PORTRAIT - Cet artiste de 28 ans a été détenu par la milice religieuse en Iran pendant deux jours. Il raconte...
«Je marchais en marge de la manifestation quand j'ai été arrêté». L'Iranien Ali Zare est artiste et photographe depuis dix ans.
Le jour de son arrestation par la milice, sûrement des bassidjis, il portait une chemise noire. C'était peu de temps après le résultat de l'élection présidentielle.
«Un homme est venu me voir et m'a demandé pourquoi j'étais vêtu de noir. Je lui ai répondu que c'était une tenue habituelle pour moi. Ensuite il m'a demandé ce qu'il y avait dans mon sac», explique le photographe de 28 ans, réfugié à Paris.
«Quand on est journaliste ou photographe, on est un espion»
Dans son sac Ali avait rangé ses appareils photos. Le milicien lui a alors demandé de le suivre. Ensuite plus rien. Ali s'est fait bander les yeux. «Pendant deux jours, j'ai été détenu par les miliciens avec d'autres personnes. Je ne savais pas où j'étais.» Durant quarante-huit heures, il a été questionné, insulté. «Pour eux, quand on est journaliste ou photographe, on est un espion», confie Ali.
La milice finit par le relâcher, quelque part dans le désert. «Bizarrement la police est arrivée quelques minutes après et nous a emmenés dans un commissariat de Téhéran.» Ali a fini par être relâché. Il a aussitôt quitté le pays. D'abord la Turquie puis Paris. Depuis, il communique avec ses amis restés là-bas par email.
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Maintenant, il réfléchit à ce qu'il va faire. «Je ne sais pas si je vais rester en France, partir aux Etats-Unis ou au Canada». Une chose est sûre, il ne rentrera pas à Téhéran. «Il est impossible pour moi de retourner dans mon pays pour le moment, sauf si tous les religieux qui dirigent le pays s'en vont», dit-il avec ironie.
«L'Iran d'aujourd'hui n'est plus le même pays qu'avant les élections»
Mais les religieux ne sont pas le seul obstacle à la protestation. Ce mardi encore, le chef de la police iranienne a accusé les dirigeants de l'opposition de créer des tensions dans le pays en semant le doute sur les résultats de l'élection. «Les forces de l'ordre doivent agir avec détermination pour défendre la loi» face «à ceux qui veulent semer les graines de la discorde», a-t-il déclaré. Un message qui en dit long sur la répression qui fait rage dans la capitale.
«Mais les autorités ont beau réprimer, elles ne pourront pas mettre fin aux troubles par la violence», explique l'ami Iranien qui héberge Ali à Paris. «Les autorités ne peuvent plus réagir comme avant, par la violence. Si elles le font alors elles devront tuer les 3 millions de personnes qui sont dans la rue», souligne cet artiste qui s'est rendu à Téhéran au moment du scrutin. «L'Iran d'aujourd'hui n'est plus le même pays qu'avant les élections. On ne peut pas parler d'une nouvelle révolution, mais d'un changement qui est en marche», poursuit-il.
«Il faut que nous nous dirigions vers la démocratie pas à pas»
Si Ali est critique envers les autorités religieuses de son pays, il n'est pas moins sévère avec les électeurs. «Il faut d'abord que les Iraniens acquièrent un esprit critique avant de changer de système de gouvernance. Il faut que nous nous dirigions vers la démocratie pas à pas, sinon nous ne saurons pas quoi en faire. L'important, c'est que le peuple soit uni. Car ensemble nous serons plus forts», conclut-il.
En attendant que la situation évolue dans son pays, Ali veut continuer à faire son métier de photographe. Il doit tout reprendre à zéro. «Là-bas je suis connu. Ici non», soupire-t-il en se demandant pourquoi il a été puni, alors qu'il ne faisait que son métier.
Maud Descamps