Après les manifestations, des centaines d'Iraniens restent «portés disparus»

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Publié le 9 juillet 2009.

TEHERAN - Certains sont emprisonnés, d'autres sont morts. Mais le gouvernement ne prend aucune responsabilité...

Ashkan Sohrabi, 18 ans. Bahaman Ahmadi Amoee, 42 ans. Mitra Farahani, 34 ans. La liste est longue. Ils sont Iraniens et ont tous manifesté ces dernières semaines pour protester contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Depuis, personne n'a eu de leurs nouvelles. Selon le vice-président de la Fédération internationale des Ligues des Droits de l'homme (FIDH), Karim Lahidji, au cours des quinze derniers jours, «2.500 personnes ont été arrêtées et 500 sont toujours détenues» en Iran. Mais des centaines sont toujours «portées disparues».

«Nous n'avons aucune idée de l'endroit où ils se trouvent»

«Nous avons dressé une liste des manifestants actuellement incarcérés dont nous avons pu constater, grâce à des témoignages, l'arrestation. 172 noms y figurent. Mais il y en a, en fait, beaucoup plus», explique Karim Lahidji. En effet, si le gouvernement iranien a reconnu, mercredi, que 2.000 personnes avaient été relâchées, il est impossible de connaître le nombre exact de détenus. «Nous avons des informations au compte-goutte, souligne le vice-président de la FIDH, il n'y a aucun respect des procédures pénales et aucune information sur les lieux de détention.»

>> Retrouvez notre dossier sur la crise iranienne

Mercredi encore, un défenseur des Droits de l'homme aurait été arrêté par trois miliciens en civil à Téhéran. «Ils l'ont emmené ainsi que quatre autres personnes avec qui il travaillait. Nous n'avons aucune idée de l'endroit où ils se trouvent», se désole Karim Lahidji. Et tout semble fait pour dissuader les familles de partir à la recherche de leurs proches. «Il y a beaucoup d'intimidation faite aux familles par les miliciens. Et les manifestations ne sont pas terminées, cela va continuer», explique à 20minutes.fr Yachar, un iranien qui vit en France.

Pas de cause du décès sur les certificats

Outre les prisonniers, il y a les morts. Pendant les deux premières semaines de contestations, les accrochages ont été violents entre manifestants et bassidjis (milice gouvernementale). Alors que le personnel médical sur place évoque au moins quarante morts, le gouvernement iranien avance le chiffre officiel de vingt morts. Et ne reconnaît aucune responsabilité dans ces homicides. Pour les autorités, les bassidjis étaient en état de légitime défense. «Pour le pouvoir, la faute incombe aux deux candidats de l'opposition Karoubi et Moussavi qui ont poussé les Iraniens à manifester», précise Karim Lahidji.

On se souvient de cette vidéo de Neda Aghasoltan qui a fait le tour du monde. Cette étudiante en philosophie de 27 ans a été tuée d'une balle dans la poitrine alors qu'elle défilait dans la rue aux côtés de son père. Des dizaines d'Iraniens auraient subi le même sort. «Mais les autorités ont retiré les balles des corps de leurs victimes avant qu'elles ne soient examinées par les médecins, explique le vice-président de la FIDH. Et ces derniers ne sont pas autorisés à délivrer des certificats de décès mentionnant la mort par balle», ajoute le défenseur des Droits de l'homme. Pour lui, «tant qu'un émissaire de l'ONU ne sera pas envoyé à Téhéran pour enquêter sur ces morts et ces disparitions, il sera impossible de connaître l'ampleur de la répression».
Maud Descamps
TEMOIGNAGES

Le quotidien britannique «The Guardian» a publié sur son site Internet les noms des personnes tuées ou détenues par Téhéran. Le journal appelle aux témoignages de chacun pour établir la liste la plus précise possible.
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