Huit mois. C'est le temps qu'a duré le suspens pour l'attribution du 2nd siège de sénateur dans le Minnesota. Dans un remake de la présidentielle Bush-Gore, c'est finalement la Cour suprême de l'Etat qui a tranché mardi à l'unanimité, en faveur du démocrate et ancien comique Al Franken. Son opposant, Norm Coleman, avait un dernier recours mais a finalement concédé la défaite. Après un recompte des voix, Franken l'emporte avec 312 d'avance –sur près de 3 millions.
L'enjeu était de taille. Avec cette victoire (et le changement de bord de l'ex républicain Arlen Specter), les démocrates comptent désormais 60 sièges (sur 100) au Sénat. Un nombre magique nécessaire pour voter certains textes, mais surtout qui empêche le camp adverse de faire de l'obstruction parlementaire (filibuster). Selon les règles du Sénat, un élu peut rester au pupitre pour débattre d'un projet de loi aussi longtemps qu'il l'estime nécessaire. En 1957, le sénateur de Caroline du Sud Strom Thurmond a ainsi disserté pendant 24 heures et 18 minutes contre les droits civiques. Avec 60 votes, tout peut être bien plus rapidement expédié (invoke cloture). Cela fait plus de 30 ans que les démocrates n'avaient atteinit ce cap.
Sauf que tout fan de la série «West Wing» le sait bien: il y a toujours quelques dissidents dans une majorité. Mais à supposer que Barack Obama (et son rugueux chief of staff Rahm Emanuel) tiennent leurs troupes, le travail d'Harry Reid, leader de la majorité démocrate au Sénat, sera bien simplifié – notamment pour des votes aussi cruciaux que la réforme de l'assurance maladie.
Du côté du blog conservateur Red State, on commence déjà à mettre la pression, avec l'argument ultime tout droit sorti de Spiderman «avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités». Avec un contrôle total (de la Maison Blanche, de la Chambre des représentants et désormais du Sénat), les démocrates n'ont pas le droit à l'erreur.
Reconverti sénateur, Al Franken a derrière lui une longue carrière de comique, acteur et écrivain. Il a notamment exercé dans l'émission Saturday Night Live, avant de s'orienter vers une carrière de pundit (expert/commentateur de la politique). Plutôt ancré très à gauche, sa verve et sa répartie promettent des séances animées au Sénat. Pour la route, son face à face avec la pundit ultra-conservatrice Ann Coulter.