Bruxelles menace Yemenia d'une inscription sur liste noire

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Publié le 1 juillet 2009.

ACCIDENT - Après avoir demandé la création d'une liste noire mondiale, l'Union européenne fixe une dead line à la compagnie...

Dans une lettre envoyée le 1er juillet à Yemenia, la Commission européenne menace la compagnie aérienne d’une inscription sur la liste noire de l’Union européenne si elle ne prend pas des «mesures correctrices» d’ici le 10 juillet.

«A moins que la Commission ne reçoive des éléments adéquats relatifs aux informations demandées, elle sera contrainte de proposer une interdiction de toutes les opérations de Yemenia Yemen Airways dans la Communauté», dit la lettre.

La lettre adressée au président de Yemenia relève que les inspections menées depuis octobre 2008 en Europe sur des appareils de sa flotte ont révélé que des «découvertes significatives se produisaient de nouveau, en particulier en ce qui concerne la maintenance».

Cette menace intervient au lendemain du crash d’un avion de la compagnie Yemenia, qui pose la question de la sécurité mondiale des avions. Dès mardi, Antonio Tajani, commissaire européen aux Transports, déclarait vouloir «proposer une liste noire mondiale semblable à la liste noire qui est utilisée dans l'Union européenne». Il a précisé qu'il ferait cette proposition «dans quelques jours», lors d'une rencontre à Bruxelles avec les présidents du conseil de l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale). «Nous avons une liste noire, mais cette liste noire est seulement valable en Europe. En dehors de l'Europe, c'est seulement une indication», a-t-il expliqué. Une liste mondiale serait ainsi une garantie pour les voyageurs.

>> Retrouvez notre dossier sur le crash de la Yemenia

 

Mais pour le moment, on en n’est qu’au «stade de la proposition» précise, ce mercredi, la Commission européenne. «Les modalités seront développées dans les jours qui viennent. Pour le moment, il n’y a rien de concret, mais c’est une idée à laquelle le vice-président tient beaucoup, car ce serait bénéfique pour tous les voyageurs.» La France montre également sa volonté d’aboutir, selon le cabinet de Dominique Bussereau, qui s’est longuement entretenu avec Antonio Tajani mardi. «Plein de questions se posent sur les modalités, mais une chose est sûre, la France portera ce dossier, réaffirme-t-on mercredi. On y est vraiment favorable, comme on l’a montré pendant la présidence française de l’UE. Il y a une véritable volonté politique».

Il n’est pas possible de contrôler tous les avions

Sur la liste noire actuelle, uniquement valable à l’échelon européen, on lit la mise en garde suivante: «les autorités responsables de l’aviation civile des États membres de la Communauté européenne sont seulement en mesure d’inspecter les avions des compagnies aériennes exploitant des vols à destination ou au départ des aéroports de la Communauté et, compte tenu du caractère aléatoire de ces inspections, il n’est pas possible de contrôler tous les avions qui atterrissent à chaque aéroport de la Communauté. Le fait qu’une compagnie aérienne ne figure pas sur la liste communautaire ne signifie donc pas automatiquement qu’elle respecte les normes de sécurité applicables.»

De plus, une compagnie peut avoir un comportement et des appareils irréprochables sur le territoire européen, mais être beaucoup moins sûre dans ses comportements hors Union européenne. Difficile, dans ces conditions, de tout vérifier…

Retrouvez la liste noire des compagnies aériennes ici

Créer une association internationale et indépendante de consommateurs

Gérard Feldzer, ancien pilote et président du Musée de l’air du Bourget, confie quant à lui «ne pas trop croire» à cette liste noire mondiale. «Il y a trop d’enjeux diplomatiques, économiques pour que les Etats puissent s’en sortir. Il ne faut pas oublier non plus la pression des lobbies. Dans le cas de Yemenia, par exemple, qui commande des Airbus et des Boeing, ou les rachètent d’occasion, il y a des pressions en raison de ces commandes. Les Etats n’ont donc pas forcément la possibilité de se mouiller.»

Aussi, cet expert penche plutôt pour une «association internationale et indépendante de consommateurs». Elle pourrait ainsi délivrer des labels, à des compagnies qui acceptent de se prêter à des tests. «Je serai pour quelque chose de positif, de valorisant, qui repère les compagnies fiables. Ce serait garanti par une indépendance financière. Je pense que personne ne serait contre un financement d’un euro sur les billets d’avion, par exemple. Et je crois vraiment au pouvoir du consommateur.» Ils pourraient ainsi boycotter les compagnies non labellisées.

Reste évidemment que cette labellisation ne serait que consultative, et que les voyageurs qui ont peu de moyens risquent de continuer à voler sur des compagnies peu fiables. «Mais de toute façon, on ne peut pas mettre un couperet sur une destination, quand elle n'est desservie que par une compagnie. Ce serait de l’ingérence et je ne vois pas comment la communauté internationale pourrait financer des compagnies pour desservir ces destinations. Les bouts de ligne posent souvent problème...»
O.R. (avec agence)
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