VIOLENCE - Manuel Zelaya était sur le point d'organiser une consultation jugée illégale par la Cour suprême...
Des militaires ont arrêté dimanche à l'aube le président du
Honduras, Manuel Zelaya. En fin de matinée ils ont fait savoir qu'ils l'avaient amené au Costa Rica voisin. Prenant la parole à la télévision il a aussitôt crié «au complot», se disant «victime d'un enlèvement» par les militaires honduriens.
Le président du Congrès du Honduras Roberto Micheletti a été désigné quelques heures plus tard dimanche par le parlement nouveau chef de l'Etat de ce pays.
A Tegucigalpa, des centaines de manifestants ont réclamé son retour devant le palais présidentiel, entouré par des dizaines de soldats et des chars. Les retransmissions des chaînes de télévision et de radio ont été interrompues, l'aéroport international a été fermé, l'électricité et les communications ont été coupées dans la capitale.
Virage à gauche
Manuel Zelaya était sur le point d'organiser ce dimanche une consultation populaire jugée illégale par la Cour suprême et dénoncée tant par le Parlement que par les militaires.
Elu en 2006 pour un mandat de quatre ans non renouvelable, il avait convoqué les électeurs pour ouvrir la voie à une révision de la Constitution qui lui permettrait de briguer un deuxième mandat le 29 novembre. Son projet était dénoncé par l'opposition mais aussi par des dirigeants du Parti libéral, sa propre formation. Manuel Zelaya a opéré un net virage à gauche après son élection comme président conservateur en janvier 2006 et est soutenu par des organisations populaires et indigènes.
«Coups de feu»
Quatre commandos d'environ 200 soldats se sont rendus au domicile de Manuel Zelaya aux alentours de 6h du matin, Selon un voisin interrogé par la chaîne de télévision Radiocadena Voces. Les militaires ont tiré «quatre coups de feu», puis sont repartis à bord de trois véhicules en direction de la base aérienne.
Les retransmissions des chaînes de télévision 36 et 8 ont été interrompues. Juste avant, le présentateur de la seconde avait eu le temps de déclarer: «Il semble que les militaires se dirigent vers ici», puis d'appeler la population à se rassembler sur la place de la Liberté. Selon des médias locaux, les urnes installées pour la consultation populaire ont disparu à l'aube dans plusieurs bureaux de vote.
Crise politique
Un climat de crise politique régnait dans le pays depuis le milieu de semaine, Manuel Zelaya ayant lui-même forcé jeudi l'entrée d'une base militaire pour récupérer les urnes qui y étaient entreposées. La veille, il avait limogé le chef d'état-major général, le général Romeo Vasquez, devant le refus des militaires de distribuer le matériel de vote.
Jeudi matin, des troupes avaient été déployées dans la capitale, faisant craindre un soulèvement militaire, même si l'armée avait ensuite assuré vouloir seulement garantir l'ordre public.
Condamnation internationale
Après l'annonce de l'arrestation du président du honduras, les condamnations se sont multipliées. L'organisation des Etats américains a condamné «un coup d'Etat» au Honduras, l'Union européenne a elle aussi condamné «l'arrestation du président», sans parler de coup d'Etat, mais en exigeant sa libération immédiate.
Hugo Chavez, le président du Venezuela, a affirmé que «l'empire yankee (les Etats-Unis) a beaucoup à voir avec cela». En réponse, Barack Obama a fait savoir qu'il était «très préoccupé».
Avec agence