TEHERAN - Au onzième jour de contestation, aucun porte-parole n'a émergé parmi les manifestants, signe d'une volonté de changement de fond et non d'un mouvement politisé…
Pourquoi n'ont-ils pas de leader? D'abord unis derrière Hossein Moussavi
pour défendre sa place à la présidence, les Iraniens continuent à manifester dans les rues de la capitale, formant un mouvement de protestation sans précédent dans la République islamique. «Ils ne manifestent plus seulement pour défendre le scrutin mais pour un changement profond de la société iranienne», explique Mehdhi Dadsetan, écrivain iranien. «Moussavi est dépassé par les revendications démocratiques et est devenu un héros malgré lui», ajoute-il.
Un mouvement de masse mais divisé
Si Hossein Moussavi était annoncé comme le candidat du changement face à l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, il demeure néanmoins un des hommes du régime. Il est membre de l'une des plus importantes institutions qu'est le Conseil de discernement. Cet ancien Premier ministre, devenu modéré, soutient aujourd'hui la rue. «C'est le signe d'une véritable division au sein de la sphère politique. Le mouvement est celui de la rue, mais les politiques prennent aussi la défense des manifestants», explique Fariba Adelkhah*, directeur de recherche Sciences-Po. Mais son soutien à la rue reste modéré. La mobilisation a commencé derrière lui, c'est aujourd'hui lui qui la suit.
«Beaucoup d'Iraniens ont voté pour Moussavi sans être favorables à sa politique. Il s'agissait avant tout d'un vote de protestation», précise Fariba Adelkhah. Les manifestants sont aussi bien de vrais supporters de Moussavi que des Iraniens détachés de sa politique. «C'est un mouvement populaire très divisé politiquement, mais uni derrière une même revendication générale:
le changement», souligne Fariba Adelkhah.
Une spontanéité qui renforce le mouvement
«Les manifestations ne sont pas coordonnées par une personne. Les manifestants s'organisent de manière spontanée grâce à l'échange de SMS ou via Internet», explique marie Ladier-Faloudi, chercheuse au CNRS d'origine iranienne. Une spontanéité qui permet au mouvement d'échapper aux récupérations politiques. «C'est un désordre impossible à gérer, explique Fariba Adelkhah. C'est là que se trouve sa force, car il ne peut être canalisé», ajoute-elle.
Difficile, donc, pour un homme politique de devenir le porte-voix de la contestation. Qu'il s'agisse de Moussavi ou même de Karoubi (un autre candidat à l'élection présidentielle). Du côté de la rue, outre le problème de la division au sein des manifestants, c’est la peur qui empêche tout Iranien de s’ériger en chef de file. Une peur causée par la violente répression menée par les bassidjis. Après onze jours de contestation, une seule personne a rassemblé le mouvement derrière elle. Mais elle n’a pas pu le voir. Elle s'appelait
Neda, elle avait 27 ans. Tuée par balle par la milice, elle est devenue le symbole de la contestation.
* Fariba Adelkaha est auteur de «Iran» aux éditions cavalier Bleus
Maud Descamps