La contestation en Iran a franchi un nouveau cap ce week-end, après la critique sans précédent du candidat vaincu à la présidentielle, Mir Hossein Moussavi, contre le Guide suprême et leader absolu du pays, Ali Khamenei. Alors que celui-ci a opposé vendredi une fin de non-recevoir aux manifestants, Moussavi l'a accusé samedi, sans le nommer, de menacer le caractère républicain de la République islamique. Evoquant l'argument du Guide selon lequel aucune fraude ne pouvait expliquer une aussi large victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad (11 millions de voix d'écart avec Moussavi), il a ainsi affirmé que « si cette énorme taille de la fraude (...) est présentée comme la preuve d'une absence de fraude alors l'aspect républicain du système sera massacré et cela prouverait que l'islam est incompatible avec la République ».
Jamais un personnage politique iranien ne s'était élevé de la sorte contre l'ayatollah Khamenei depuis 1989. Selon Bernard Hourcade, directeur de recherches au CNRS, « Moussavi se sent trahi car il s'est dévoué pour la République islamique ». Le candidat réformateur - battu face à Ahmadinejad le 12 juin avec 33,75 % des voix contre 62,63 % pour le président sortant - est un « fils de Khomeiny », le fondateur de la République islamique née en 1979. Ancien Premier ministre quand Ali Khamenei était président, « Moussavi conteste la personnalité du Guide, mais pas sa fonction », précise Bernard Hourcade. Car, pour ce conservateur modéré, il n'est pas question de remettre en cause le système.
Deux semaines après le début de la crise dans le pays, un millier de personnalités du camp réformateur ont été arrêtées, des sources font état de 17 à plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. L'opposition semblait hier avoir suspendu les manifestations, « illégales » et réprimées la veille à coups de matraques, gaz lacrymogènes et canons à eau. Aucun signe de rassemblement n'était visible en fin d'après-midi dans le centre de Téhéran, quadrillé par les policiers antiémeutes et des miliciens islamiques du bassidj, ont rapporté des témoins à l'AFP. « La police disperse tout rassemblement d'au moins deux ou trois personnes en leur disant de circuler », selon l'un d'eux. De plus, hier, Moussavi a appelé le peuple à la « retenue », ajoutant tout de même que « protester contre le mensonge et la fraude est le droit du peuple ».
Le bras de fer pourrait maintenant se poursuivre à l'intérieur du pouvoir. Un pouvoir profondément déstabilisé par la politique de main tendue de Barack Obama. Car, en acceptant de discuter avec l'Iran, les Etats-Unis ont fragilisé le fondement même de la République islamique, à savoir l'opposition à « l'ennemi américain ». Le régime iranien devra trouver comment sortir de l'impasse. W