Comment analysez-vous les propos du Guide suprême et la réponse de Mir Hossein Moussavi ?
Le Guide s'est jeté dans la mêlée en défendant Ahmadinejad. En fermant la porte au principe d'une deuxième élection, il a acculé l'opposition à la confrontation. Ce qui est extraordinaire, c'est que Moussavi n'a pas respecté l'appel du Guide. A mes yeux, le débat ne porte donc plus sur les fraudes, mais sur la légitimité de la République islamique. Le pays est divisé entre ceux qui soutiennent une vision républicaine et souverainiste de l'Iran - les partisans de Moussavi - et les absolutistes de la théocratie - les partisans d'Ahmadinejad.
Quelle que soit l'issue de la crise, le pays a-t-il changé ?
Oui, il a changé et va encore évoluer. Les manifestations sont une étape préalable. Ahmadinejad ne pourra plus tenir les mêmes propos ni poursuivre sa politique clientéliste et populiste. Il va devoir changer plus vite. Le régime pourrait être remis en cause.
Moussavi a-t-il changé lui aussi ?
Au départ, il ne voulait pas contester le Guide. C'est un homme du sérail. Puis la révolte s'est greffée sur la question des fraudes à l'élection. Résultat, aujourd'hui, c'est la masse qui tire les politiques, et non l'inverse. Même Moussavi est surpris par ce qui arrive. Il est dépassé par ce mouvement de révolte, dont il est devenu le symbole malgré lui. Il personnifie tous ceux qui sont opposés à Ahmadinejad, mais il n'en est pas le représentant légitime. Il faut se souvenir qu'il était Premier ministre aux pires heures de la répression en Iran. W
Recueilli par F.V.