Ispahan la conservatrice vacille

4 contributions
Publié le 18 juin 2009.

IRAN - La troisième ville du pays, favorable à Ahmadinejad, est en proie à de violents heurts entre pro-Moussavi et fidèles du président...

La violence est montée d’un cran supplémentaire mercredi à Ispahan. Dans cette ville divisée aujourd'hui entre les supporters de Moussavi et ses détracteurs, le procureur de la province a maintenant menacé de mort les manifestants. Dans ce fief pro-Ahmadinejad – la population avait majoritairement voté pour lui en 2005 – les arrestations, passages à tabac sont le quotidien, actuellement, d’une frange de la population défavorable au président. Les autorités ont multiplié ces derniers jours les interpellations d'opposants. Focus sur une ville emblématique du durcissement du régime.

Chasse à l’homme

«Les pro-Moussavi ne peuvent plus s’organiser dans la ville. Ils sont pourchassés par des milices armées de bâtons», explique le journaliste Mario Granelli au micro de «RTL». Selon lui, les manifestants pro-Ahmadinejad «paradent» dans la ville à moto pour intimider la population. Le climat est délétère, les habitants ont «peur». Les basijis, cette milice à la solde du Guide suprême, ont mobilisé leurs troupes dans les rues d’Ispahan et pratiquent selon plusieurs témoignages de blogueurs iraniens une répression féroce à qui s’oppose au résultat du scrutin du 12 juin. D’après le site Internet «iranmanif.org», qui défend les Droits de l’homme en Iran, c’est à coups de lacrymogène et de gaz au poivre que les forces de sécurité ont attaqué les protestataires et les ont tabassés. Ces derniers répliquaient aux cris de «Mort au dictateur». De nombreuses personnes ont été blessées. En réponse, le bazar d’Ispahan, dans le sillage du bazar de Téhéran, est en grève depuis mardi pour protester contre cette répression des manifestations et s’abstient d’ouvrir ses boutiques. Il y aurait à l’heure actuelle deux morts à Ispahan, selon plusieurs sources.

>> Retrouvez notre dossier sur la crise en Iran


Sur place, l’envoyé spécial de «Libération» décrit les longues journées de révolte et la montée en puissance de la répression. D’un côté, les partisans d’Ahmadinejad qui exhortent la foule à respecter «la voix du peuple». Ils fustigent «les ennemis de la démocratie», qui voudraient renverser le régime «légitimement élu». De l’autre, des électeurs «verts» de rage, qui hurlent à la fraude, comme Ali, un informaticien sans emploi: «C’est un salaud. Il n’a recueilli que 12 millions des suffrages, Moussavi 21 millions. Nous voulons que notre choix soit respecté.»

A la cinquième journée de soulèvement populaire, Mohammad Reza Habibi, le procureur général de la province d'Ispahan a durci considérablement le ton à l’encontre de la population. Selon un communiqué officiel que rapporte l’agence de presse Fars, il a rappelé aux «quelques éléments» à l'origine des troubles, que «le code pénal islamique prévoit l'exécution pour de tels individus faisant la guerre à Dieu». Le ton est donné et la violence accrue. La peine capitale applicable aux manifestants serait la marque d’une dérive dictatoriale dans le pays. Le communiqué ne précisait pas s’il s’agissait d’une menace pour Ispahan ou l’ensemble du pays.

Les pauvres favorables à Ahmadinejad

A Ispahan, dans le quartier défavorisé d'Esseh, Ali Mahmoudi reste fidèle à Mahmoud Ahmadinejad, car le pays «a besoin d'un président honnête et décent», explique cet homme de 43 ans qui fait vivre une famille de dix personnes avec son salaire d'ouvrier du bâtiment. «Il peut faire mieux, il n'a pas eu le temps d'améliorer les choses», dit-il encore avec indulgence.

Plus on s'enfonce dans les quartiers pauvres, plus les affiches se font rares, mais celles d'Ahmadinejad sont plus nombreuses que celles de son principal adversaire, Mir Hossein Moussavi. Pendant la campagne, la ville a pourtant connu des soirées folles à l'image de celles de Téhéran, avec des cortèges interminables de partisans des deux candidats. Mais Moussavi a visiblement davantage la cote dans les quartiers aisés, et non en province où les populations durement touchées par la pauvreté, offrent en majorité leurs voix au candidat ultraconservateur.


Ci-dessous, une vidéo du compte PasagardNewsAgency filmant un débordement en marge de la manifestation du 15 juin à Ispahan. Certaines images peuvent choquer.
(France 2 avait déjà diffusé une vidéo provenant du même compte)

Charlotte Boitiaux
Mots-clés
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr