Après les morts, Le bras de fer continue

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Publié le 17 juin 2009.

Deux manifestations rivales se sont tenues hier à Téhéran.

Face au risque d'une confrontation violente entre les partisans du président réélu, l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, et ceux du candidat malheureux à la présidentielle, le réformateur Mir Hossein Moussavi, ce dernier avait pourtant appelé ses sympathisants à rester chez eux. La veille, ils avaient déjà envahi les rues de la capitale par centaines de milliers. La manifestation s'était soldée par la mort de sept civils. Signe de la tension qui règne au pays des ayatollahs, les autorités ont interdit à la presse étrangère de participer ou couvrir les événements en cours. Elle n'a pas eu non plus accès à la manifestation pro-Ahmadinejad, orchestrée par le pouvoir. La colère a aussi gagné des villes de province, en particulier Mechhed, Ispahan, Shiraz, selon des témoins. Mais l'ampleur de ces rassemblements restait hier inconnue - s'ils étaient moins massifs, le succès de Moussavi serait à relativiser, selon les analystes.

>> Notre dossier sur la crise iranienne

Reste que l'Iran n'avait pas connu un tel déferlement de colère populaire depuis la Révolution islamique de 1979. Les manifestants dénoncent une élection présidentielle « frauduleuse » après la victoire d'Ahmadinejad avec 63 % des voix, contre 34 % à son principal rival Moussavi. Dans un apparent souci d'apaisement, le Conseil des gardiens de la Constitution s'est dit prêt à recompter les bulletins de vote dans les urnes « sujettes à contestation ». Dans la soirée, le Guide suprême et chef absolu du pays, l'ayatollah Ali Khamenei, s'est dit lui aussi favorable à un recomptage partiel si nécessaire. « Il veut se poser en arbitre pour préserver l'unité et la stabilité du pays, ce qui est sa fonction, explique Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS. Le problème, c'est qu'il a dépassé ce rôle en soutenant fortement la candidature d'Ahmadinejad. Les partisans de Moussavi lui reprochent d'être devenu davantage un acteur politique. » Même si le Guide n'est pas menacé - puisqu'aucun candidat, Moussavi compris, ne rejette la République islamique et ses institutions -, son aura est entamée, et avec elle son pouvoir d'arbitre.

L'ampleur de la mobilisation et les violences qui l'ont suivie ont également commencé à fissurer l'unité du pouvoir. Le président du Parlement, Ali Larijani, personnage influent du camp conservateur, s'en est pris hier au ministre de l'Intérieur en le tenant pour responsable d'attaques dimanche contre des étudiants et des habitants d'une cité du nord de Téhéran. Pendant ce temps-là, Ahmadinejad était hier en Russie pour un sommet sur la sécurité régionale. Sur toute cette crise, il n'a pas dit un mot. W

Faustine Vincent
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