GABON - Une délégation française importante avait fait le déplacement aux obsèques du chef d'Etat gabonais...
Alors que Nicolas Sarkozy a toujours clamé haut et fort qu’il voulait en finir avec les relations ambiguës que Paris a entretenues avec ses anciennes colonies africaines, cela ne l’a pas empêché de faire le déplacement pour assister aux obsèques de celui qui est considéré comme le chantre de la «Françafrique», Omar, Bongo, ce mardi.
Le président français n'a toutefois pas eu le comité d'accueil espéré. Il s'est fait huer par plusieurs dizaines de Gabonais à son arrivée au palais présidentiel de Libreville. Une partie de la foule a d'abord timidement applaudi le chef de l'Etat français, mais les huées ont rapidement pris le dessus, et une cinquantaine de personnes ont même pris verbalement à partie Nicolas Sarkozy, lui lançant à distance: «On ne veut plus de vous, partez!»
Selon RTL, la petite foule scandait «Sarkozy a détruit le Gabon, la France a tué papa Bongo», en allusion aux annonces prématurées de la mort du chef d'Etat gabonais dans les médias français et
aux poursuites judiciaires dont il fait l'objet dans l'Hexagone.
A l'intérieur du palais, c'est ensuite des invités plus disciplinés qui ont applaudi le président français et son prédécesseur
Jacques Chirac lorsqu'ils ont déposé, ensemble, une gerbe de fleurs devant le cercueil.
La France n'a «aucun candidat» pour la succession de Bongo
En marge des obsèques du défunt président, Nicolas Sarkozy
a affirmé à des journalistes que la France n'avait «aucun candidat» pour la succession d'Omar Bongo au Gabon, qui attise les luttes en coulisse. «La France ne soutient personne. La France n'a pas de candidat», a martelé le président français à la fin de la cérémonie oecuménique. Les Gabonais choisissent qui ils veulent et la France travaillera avec le président ou la présidente choisi par les Gabonais», a-t-il ajouté.
Nicolas Sarkozy entendait ainsi faire taire les rumeurs d'ingérence française dans la vie de son ancienne colonie. La Constitution gabonaise prévoit l'organisation d'une élection présidentielle 45 jours au plus tard après la prise de fonction du chef de l'Etat intérimaire, survenue le 10 juin.
Ali Bongo souhaite «aborder sereinement» l'avenir du Gabon
Pendant la céremonie funéraire, Ali Bongo, le fils du défunt président
Omar Bongo, et candidat potentiel à sa succession, s'est exprimé. Il s'est engagé à «aborder sereinement» l'avenir du Gabon.
Rendant hommage à la «philosophie du pardon» et au «dialogue» qui guidaient selon lui l'action du président Bongo, Ali, ministre de la Défense s'exprimant au nom de la famille, a déclaré : «Nous, tes enfants, ta famille, prenons l'engagement solennel de garder allumée avec l'aide de nos concitoyens la flamme sacrée de l'harmonie familiale, de la concorde républicaine et de l'unité nationale».
Ali Ben Bongo n'a pas évoqué plus directement la question de la succession, publiquement taboue en cette période de deuil mais qui attise déjà les luttes de pouvoir en coulisses.
Les officiels et les officieux
Au total, une quinzaine de chefs d'Etat ont assisté aux obsèques solennelles du président gabonais. Après une minute de silence, les invités étrangers, parmi lesquels figuraient la plupart des présidents de l'Afrique francophone, ont commencé à s'incliner à tour de rôle devant le cercueil recouvert par le drapeau du Gabon sur fond de musique religieuse.
La délégation française était importante. Deux Airbus A319 ont été affrétés pour l'occaion. Une quarantaine de conseillers «Afrique» officiels de Nicolas Sarkozy et de son prédecesseur Jacques Chirac mais aussi des conseillers officieux, comme Robert Bourgi, le fils spirituel de Jacques Foccart, considéré comme
le monsieur «Françafrique» de de Gaulle à Chirac en passant par Giscard avaient fait le déplacement. Parmi les nombreuses personnalités françaises se trouvaient également Loïk le Floch Prigent, ex-dirigeant d'Elf condamné dans l'affaire du même nom, Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret ou les anciens ministres Michel Roussin, Jean-Louis Debré, Jacques Godfrain.
Après un défilé militaire, le cercueil devait s'envoler vers Franceville, capitale du Haut-Ogooué, où Omar Bongo sera inhumé jeudi dans l'intimité.
C. F. (avec agence)