Il affronte trois candidats réformateurs à l'issue d'une campagne virulente, marquée pour la première fois par des manifestations massives de leurs sympathisants. Décryptage.
Qu'est-ce que cela va changer ?
Sur la politique étrangère, pas grand-chose. L'élection d'un candidat moins tapageur qu'Ahmadinejad permettrait de faciliter les négociations internationales et d'améliorer l'image de l'Iran à l'étranger. Mais le Président n'est que le numéro deux de l'Etat : le vrai chef, c'est le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. C'est lui qui fixe les orientations politiques, que ce soit sur les questions de société, de politique étrangère ou sur le nucléaire.
Sur le plan intérieur, en revanche, le Président exerce une réelle influence, en particulier sur l'économie. Un secteur clé, aujourd'hui en crise après la gestion catastrophique et populiste de la manne pétrolière sous Ahmadinejad, dont la politique économique a généré une forte inflation (23,6 %), sans réduire le chômage (12 %) ni la pauvreté (20 %). Et la situation risque encore d'empirer avec la chute du prix du baril de pétrole, stabilisé sous les 75 dollars.
L'Iran va-t-il saisir la main tendue d'Obama ?
Les quatre candidats sont d'accord pour un rapprochement avec les Etats-Unis, qui ont rompu leurs relations avec Téhéran depuis la prise d'otages de l'ambassade américaine en 1979. Reste à conclure. « Obama ne va pas rester éternellement la main tendue. Les Iraniens doivent désormais répondre, explique Bernard Hourcade, du CNRS. Si Ahmadinejad est réélu, on peut craindre qu'il ne soit trop radical et que le pays se bunkérise encore plus. » Les Etats-Unis sont obligés de transiger avec l'Iran, devenu une puissance régionale incontournable sur plusieurs dossiers sensibles, dont l'Afghanistan et le Pakistan - la priorité de Washington -, le Proche-Orient et l'Irak. « C'est une relation d'interdépendance, ajoute Ardavan Amir-Aslani, avocat international franco-iranien. Car l'Iran a aussi besoin des Etats-Unis pour des raisons économiques : la population a doublé en trente ans, mais cela a coïncidé avec l'embargo. Résultat, l'Iran manque cruellement d'infrastructures. »
Le pays va-t-il renoncer au nucléaire ?
Non. Mais là aussi, les quatre candidats sont d'accord pour trouver une solution et permettre le contrôle des activités nucléaires civiles. Bernard Hourcade estime qu'« avec Hossein Moussavi, [ex-Premier ministre et principal rival du président sortant], le développement du nucléaire serait mieux défendu qu'avec la stratégie actuelle », improductive. Mais au final, « l'enjeu de ce scrutin est un changement d'ordre cosmétique. Les rapports de force ne changeront pas. »