Gabon: «Placer Ali Bongo à la Défense, c'était une façon de l'adouber»

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Publié le 10 juin 2009.

INTERVIEW - Antoine Glaser, rédacteur en chef de la «Lettre du continent», revient sur la succession d'Omar Bongo...

Deux jours après la mort du chef d’Etat gabonais, le pays se retrouve sans dirigeant, ni dauphin désigné. Antoine Glaser, rédacteur en chef de la «lettre du continent» et co-auteur, avec Stephen Smith, de «Sarko en Afrique» analyse la situation dans le pays.
 
Pourquoi Omar Bongo, se sachant malade, n’a-t-il pas organisé sa succession?
 
Comme tout chef africain, il n’a pas désigné de successeur, car il comptait mourir au pouvoir. En revanche, le fait de placer son fils, Ali Bongo, à la tête du ministère de la Défense, en 1999, était une façon de l’adouber. Ali Bongo est également venu à l’Elysée le 21 octobre dernier, où il a rencontré Claude Guéant et Bruno Joubert. C’était une façon pour son père de le pousser. Sinon, jamais le ministre de la Défense ne serait venu sans la bénédiction de son papa.
 
Pourtant, la fille d’Omar Bongo, Pascaline, est aussi influente, et figure parmi les noms cités?
 
Le fils contrôle l’appareil sécuritaire, mais la fille contrôle les finances. Elle a été présente dans les entretiens les plus secrets du président Bongo, lors de toutes les négociations financières. Elle était donc une sorte de super ministre des Finances, le vrai argentier, qui transmettait les ordres de son père. C’est elle l’héritière des secrets du président Bongo. Mais Pascaline n’était pas impliquée dans la vie politique du parti au pouvoir, contrairement au fils, qui est vice-président du PDG (Parti démocratique gabonais) et qui y a placé ses hommes.
 
Risque-t-il d’y avoir un conflit entre les enfants, ou avec l’opposition?
 
Je pense que Pascaline Bongo pourrait favoriser l’accession d’un proche au premier tour (comme Paul Toungui), mais au second, elle défendra son frère, même s’ils ne sont pas proches et pas en osmose. En revanche, je la vois plutôt s’éloigner du pays, car elle est moins intégrée dans la vie politique. Quant à l’opposition, je ne pense pas qu’il y aura de conflit. Déjà, il n’y a pas vraiment d’opposition politique. On rencontrera peut-être un peu de protestations de la part de la société civile. Mais le président a intégré petit à petit ses opposants dans le cercle du pouvoir. Donc je pense qu’il n’y aura pas de tensions, car à mon avis, ils ne voudront pas laisser le pays à la dérive.


Propos recueillis par Oriane Raffin
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