Pour le pilote de ligne, «le foudroiement n’a jamais empêché de voler, il ne peut être la cause seule du drame. C’est en tout cas très improbable. On n’a encore jamais vu un coup de foudre déclencher une panne électrique totale, qui mettrait en danger la sécurité d’un vol». Avérée, la panne électrique à bord «n’est sans doute que la partie émergée de l’iceberg. Un élément extérieur est forcément survenu». Un avion comme l’A330-200 possède trois alternateurs, dont un sur chacun des deux moteurs, et un troisième intégré à la queue de l’avion. «Même si l’un venait à tomber en panne, les autres prendraient immédiatement le relais.» Et même dans le pire des scénarios, l'arrêt des trois alternateurs électriques, une petite éolienne sortirait automatiquement pour alimenter l'avion et le maintenir en vol.
Autre hypothèse envisagée, celle de la «dépressurisation explosive» de l'appareil. En d'autres termes : «le vide se fait d'un coup dans l'avion. Par exemple, un hublot ou le pare-brise du cockpit explosent, le trou provoqué entraîne une raréfaction immédiate d'oxygène et une baisse de température jusqu'à -60°. Il est quasiment impossible de réagir», explique Gérard Feldzer, ancien commandant de bord et actuel directeur du Musée de l'air du Bourget.
François Grangier, pilote de ligne et expert de la Cour de cassation, soutient une autre hypothèse, celle de la «cascade de pannes.» «Que l'A330 ait été foudroyé ou pas, ça m'importe peu», explique l'intéressé, «l'important, c'est l'accumulation de messages automatiques envoyés par l'avion avant le crash». En cas de dysfonctionnement majeur, l'avion envoie un message au service de maintenance, comme un email. Dans ce cas précis, une dizaine de messages ont été émis, pour sûrement autant de pannes.
3) Et l'erreur humaine?
«On ne peut écarter formellement cette piste, ni celle de l’attentat.» Selon cet habitué de l’A330, «une multitude d’éléments peuvent venir expliquer un crash. Nous n’en sommes encore qu’aux prémices de l’enquête.» De son côté, l’Aviation civile présente l’équipage du vol AF447 comme «très expérimenté». Le commandant comptait 11.000 heures de vol, dont 1.700 aux commandes d’un A330. Quant aux deux copilotes, ils totalisaient respectivement 3.000 et 6.600 heures dans les airs.
4) Et la piste de l'attentat?
Mardi, le ministre en charge des Transports, Jean-Louis Borloo, n'excluait rien, y compris «la piste terroriste», même si «aucun élément» n'allait dans ce sens. Mais la disparition soudaine de l'A330-200, sans message de détresse de son commandant de bord, pourrait trouver une explication plausible dans la théorie de l'attentat. Au micro de RMC, le témoignage de Jean Serrat, ancien commandant de bord, vient étayer une piste «tout à fait possible»: «Les autorités ne veulent pas parler d'attentat; ce que je comprends tout à fait; seulement quand un avion disparaît en plein milieu de l'Atlantique, comme ça, d'un seul coup... Soit il a heurté un autre avion et on le saurait. Soit il y a une explosion d'un réservoir d'essence. Soit il est entré dans des turbulences absolument inimaginables et il s'est cassé en vol; mais ça paraît tellement improbable. Soit ça peut être un attentat et une bombe à bord, c'est tout à fait possible. Je ne vois pas comment on pourrait affirmer ça, mais également ne pas le prendre en compte.»
5) Le vol Rio-Paris traverse-t-il des zones climatiques à risque?
Comme tout trajet passant dans une zone intertropicale, à l’instar de certaines régions africaines, le vol Rio-Paris doit faire face à de fortes turbulences liées au climat. Dans la zone de disparition de l'Airbus, les conditions météorologiques étaient particulièrement dangereuses. Des masses d'air chaud et humides se rencontrant à très haute altitude créent un amas de cumulonimbus qui empêchent les avions de les survoler, phénomène appelé «pot au noir». Mais, équipés de radars météo, les appareils peuvent choisir de les contourner plusieurs centaines de kilomètres à l'avance sans incident. Mais dans son interview au Parisien, François Grangier n'exclut pas que, avec sa radio UHF-VHF et son radar météo en panne, l'équipage ait pu alors «naviguer à l'aveugle et se diriger vers les orages sans le savoir».