SCANDALE - Alors que la presse traque les politiques qui ont abusé des notes de frais, les députés veulent la tête du président de la chambre des Communes, à qui ils reprochent de ne pas être intervenu plus tôt...
Les députés abusent, il trinque? Le speaker (président) de la chambre des Communes britannique, sous la menace d'une rarissime motion de défiance pour son rôle dans le scandale des notes de frais, devait tenter lundi de sauver sa tête en proposant une réforme de ce système discrédité de défraiement.
Une première en 300 ans
Alors que le «
Daily Telegraph» continue d'égrener jour après jour depuis plus d'une semaine
le détail des notes de frais abusives des députés de tous bords, les critiques se sont focalisées lundi sur un homme au coeur du système: Michael Martin, 63 ans, speaker de la chambre basse du parlement depuis octobre 2000. Une motion de défiance, signée par une quinzaine de députés des trois grands partis, a été déposée dans la journée de lundi aux Communes pour demander sa démission pure et simple. Une démission du speaker serait une première depuis plus de 300 ans.
Mais si Michael Martin se dit «profondément désolé», il rejete les questions sur son éventuelle démission. «Nous devons tous accepter la responsabilité et, dans la mesure où j'ai contribué à cette situation, j'en suis profondément désolé», a déclaré le speaker lors d'une intervention très attendue ce lundi devant la chambre des députés.
«Pas déraisonnable de penser»
L'auteur de la motion, Douglas Carswell, avait indiqué qu'il revenait à Michael Martin lui-même de décider de lancer ou non un débat sur cette motion. «On me dit que dans la mesure où c'est le premier défi direct à l'autorité d'un speaker en exercice depuis plus de 300 ans, il n'est pas déraisonnable de penser qu'il (Martin) va proposer au gouvernement de trouver du temps pour organiser un débat» sur la motion,
écrit le député sur son blog.
Nick Clegg, le dirigeant du deuxième parti d'opposition, le parti libéral-démocrate, a promis d'appuyer cette motion si un vote est organisé, ce qui pourrait prendre plusieurs jours. «Je suis arrivé à la conclusion que le speaker doit partir», a expliqué Nick Clegg dimanche. «Depuis un certain temps, il s'est avéré être un défenseur obstiné de l'ordre établi, du statu quo, alors qu'on a besoin de toute urgence de quelqu'un qui mène un processus de réformes radicales au coeur de Westminster».
Les dépenses des députés: sa responsabilité
Michael Martin, ancien dirigeant syndicaliste et député travailliste de Glasgow, en Ecosse, dirige les débats aux Communes, et la gestion du service chargé de contrôler les dépenses des députés ressort de sa responsabilité. Plusieurs députés lui reprochent d'être resté sourd aux demandes de réforme de ce système généreux,
qui a permis à de nombreux élus de se faire rembourser l'entretien de leur piscine, de la nourriture pour leur chien, des barbecues, des sacs de fumier, voire des prêts immobiliers qu'ils avaient fini d'acquitter depuis longtemps.
Selon la presse, Michael Martin devait s'exprimer lundi en milieu d'après-midi pour annoncer quelques pistes de réforme. Il devrait dire qu’il entend rester à son poste jusqu'à la fin de l'actuelle législature, soit juin 2010 au plus tard. Elu par ses pairs, le speaker reste traditionnellement à son poste jusqu'à sa retraite. La dernière fois qu'un speaker a été contraint à démissionner remonte à... 1695. Sir John Trevor avait été poussé vers la sortie après avoir accepté de l'argent en échange de son appui pour faire voter une loi.
MD (Avec agence)