SANTE - Afin d'épargner la filière porcine, les propositions pour rebaptiser l'épidémie affluent du monde entier...
Le nom qui fâche. De plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer l'appellation qui a été faite de
l'épidémie de grippe qui sévit dans plusieurs régions du monde et qui fait planer de sérieuses menaces sur la santé économique de la filière porcine.
La grippe «porcine» a été baptisée ainsi car c'est chez le porc que le virus H1N1 a muté avant d'être transmis à l'homme. Mais la grippe qui sévit aujourd’hui ne touche que l’homme, les porcs n’en sont pas atteints. L'expression «grippe porcine» est donc inappropriée, et le virus ne se transmet désormais que d'homme à homme. Il s'agit donc d'une «épidémie», et non d'une «épizootie».
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L'Egypte décide d'abattre tous ses porcs
Les porcs ne présentent donc a priori aucun danger. «Actuellement, seuls des résultats établissant une circulation de ce virus chez des cochons dans des zones de pays comptant des cas humains justifieraient des mesures commerciales sur l'importation de porcs en provenance de ces pays», a fait valoir l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) lundi.
Le message est resté inaudible dans plusieurs pays, comme la Chine, l'Ukraine ou encore la Croatie qui ont décidé d'interrompre leurs importations de porc en provenance du Mexique, premier foyer de l'épidémie, des Etats-Unis, où de nombreux cas humains ont été détectés, et même du Canada, pays voisin. En Egypte, les autorités sont allées jusqu'à décider ce mercredi l'abattage immédiat de tous les porcs dans le pays.
>> Notre carte interactive des cas avérés dans le monde, ici
Bruxelles propose «nouvelle grippe»
Les acteurs de la filière des pays visés par les embargos sont immédiatement montés au créneau pour dénoncer une fâcheuse confusion, proposant de rebaptiser la «grippe porcine». Les éleveurs et producteurs canadiens, américains et brésiliens veulent que soit employé le terme de «grippe nord-américaine» ou de «grippe mexicaine», comme existent déjà la grippe asiatique et la grippe espagnole. Pas sûr que les Mexicains apprécient... La proposition d'un responsable israélien de parler de «grippe du Mexique» pour ne pas avoir à évoquer le porc, considéré comme impur dans le judaïsme, a suscité de nombreuses protestations, y compris de l'ambassadeur du Mexique en Israël.
Plus consensuelle, la Commission européenne a proposé le terme de «nouvelle grippe». Bruxelles a insisté mardi sur la nécessité de ne pas fragiliser davantage une industrie du porc, déjà en situation de crise dans l'Union européenne à cause de la chute des prix.
«Pas de psychose» en France
Si peu de chiffres sont encore disponibles, les acteurs de la filière craignent un impact de l'épidémie sur la consommation. Les autorités sanitaires mondiales ont pourtant répété à plusieurs reprises que la consommation de viande de porc ne présentait aucun risque, le virus ne résistant de toute façon pas à la cuisson. Il n'empêche. En Chine, où aucun cas de grippe «porcine» n'a été détecté, le porc, viande favorite, est boudé par des consommateurs effrayés,
marqués par le SRAS et la grippe aviaire.
En France, les professionnels de la filière ne sont pas très inquiets dans la mesure où le commerce du porc est peu international. L'Europe étant excédentaire, elle importe peu en provenance de pays tiers. «Le seul risque est médiatique, avec une éventuelle réaction psychologique (des consommateurs), non motivée par des craintes réelles», a estimé Paul Rouche, président du Syndicat national du commerce de porc, qui représente les entreprises d'abattage et de découpe de porc.
Contacté par 20minutes.fr, Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine, s'est voulu rassurant ce mercredi: «On n'observe aucune influence de l'épidémie sur le commerce du porc en France pour l'instant. Il n'y a pas de psychose».
(1) Selon les autorités américaines, la Chine, l'Ukraine, le Kazakhstan, les Philippines, la Thaïlande, les Emirats Arabes Unis et l'Equateur ont suspendu les importations de viande de porc et de produits à base de porc originaires des Etats-Unis. La Chine et la Corée du Sud ont également interdit l'importation de porcs vivants américains. Quant à la Russie, elle a interdit l'importation de toute viande originaire de cinq des Etats américains où sévit la grippe porcine.
Catherine Fournier (avec agence)