Pour la seule ville de Ciudad Juarez, réputée la plus meurtrière du pays, près de 5.000 soldats cagoulés et lourdement armés ont été déployés en mars 2009.
Pour la seule ville de Ciudad Juarez, réputée la plus meurtrière du pays, près de 5.000 soldats cagoulés et lourdement armés ont été déployés en mars 2009. - REUTERS
De notre correspondant à Los Angeles
 

«Drug War.» Pas une journée sans que ces mots ne barrent la une des journaux américains. Depuis plusieurs semaines, cette guerre next door (porte à coté) semble bien plus préoccuper les médias que celles, lointaines, en Irak et en Afghanistan. En route pour le sommet des Amériques, qui se tient vendredi à Trinidad, Obama fait une escale au Mexique jeudi et s’entretiendra avec le président Calderon. Alors qu’un haut responsable chargé de la frontière mexicaine va bientôt être nommé par Washington, le point sur la situation.

 
 

5.376 morts en un an au Mexique
C’est le lourd bilan des violences liées au trafic de drogue. Règlements de comptes entre gangs ou cartels, opérations gouvernementales, civils qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment... Le nombre de victimes a doublé en 2008. Au total, depuis que le président Calderon a déclaré la guerre aux narcotrafiquants à son arrivée au pouvoir en 2006, le bilan se chiffre à plus de 8.000 morts.
 

>>> La carte de la violence liée au trafic de drogue, c'est par ici...


Les Etats-Unis, premiers clients
90% de la cocaïne consommée aux Etats-Unis provient du Mexique, qui fournit également cannabis, héroïne et autre méthamphetamine. Virements bancaires, sacs de billets cachés dans des bus de touristes, plus de 12 milliards de dollars (et jusqu’à 25 milliards selon les sources) suivent annuellement le chemin inverse de la drogue et atterrissent dans les poches des narcotrafiquants (voir la carte), leur permettant d’acheter des armes... souvent fabriquées aux Etats-Unis.

 

Les cartels dans la ligne de mire
Mercredi, l’administration américaine a placé 3 cartels mexicains sur sa liste noire. Cela lui permet de geler ou de saisir des avoirs appartenant à ces organisations ou à quiconque agissant en leur nom. Elles s’appellent Los Zetas, La Familia Michoacana, et surtout Sinaloa. Le chef de cette dernière, son «KingPin», est l’homme le plus recherché du Mexique. Joaquín Guzmán, dit «le nain», est entré en 2009 dans le classement Forbes des hommes les plus riches de la planète, avec une fortune estimée à 1 milliard de dollars. Plusieurs millions de dollars sont offerts par le Mexique et les Etats-Unis pour toute information menant à sa capture. Il s’est fait la belle en 2001, en graissant la patte d’à peu près tout le personnel de la prison où il se trouvait. Des «narco corridos», ces chants traditionnels à la gloire des narcotrafiquants, lui sont dédiés.

>>> Notre diaporama sur la guerre de la drogue au Mexique

 

Corruption à tous les niveaux
«Les cartels infiltrent les gouvernements locaux et régionaux, corrompent les officiers de polices et la justice, menacent de tuer les journalistes indépendants. Ceux ayant un poste public font souvent face au marchandage faustien ultime: l’argent ou la vie», écrit sur ForeignPolicy.com Shannon O’Neil, experte du Mexique.

 
Quelles mesures?
Officiellement, Obama et Calderon sont main dans la main. Le congrès américain a voté «l’initiative de Mérida», en mai dernier, qui comprend une enveloppe de 400 millions de dollars pour cette «guerre de la drogue». Le président américain devrait nommer l'ancien procureur fédéral Alan Bersin au nouveau poste de «Border Czar» (Tsar de la frontière), un haut responsable chargé de combattre l'immigration clandestine et la violence liée au trafic de drogue. Récemment, Hillary Clinton a annoncé que Washington allait fournir des hélicoptères de combats aux autorités mexicaines.
 

Mais les Etats-Unis, estime l’experte Laura Carlsen, doivent commencer à balayer de leur côté de la frontière. Notamment avec un contrôle des armes semi-automatiques plus efficace (l’«assault weapon ban», instauré par Bill Clinton, a expiré en 2004) et en s’attaquant à la consommation de drogue et aux douaniers bienveillants. Reste que le mur de Bush a monté ses limites pour lutter contre l'immigration illégale, et qu’envoyer davantage de gardes nationaux à la frontière, comme le réclament certains au Texas, ne serait pas vu d’un bon œil par Mexico, selon le spécialiste Andrew Selee. Pour lui, «les Mexicains verraient une telle initiative comme une volonté d’imperméabiliser la frontière. Pas de coopérer avec eux».

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