Depuis quelques semaines, Benoît XVI multiplie ce que beaucoup considèrent comme des dérapages. Mardi, le pape, en visite au Cameroun, a une fois de plus provoqué la polémique en déclarant qu'on ne « peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ». Il s'exprimait lors de sa première visite en Afrique subsaharienne, qui compte 22 millions de personnes séropositives sur près de 33 millions dans le monde, selon l'ONU. « Au contraire (leur) utilisation aggrave le problème », a ajouté Benoît XVI, allant au-delà de la position traditionnelle de l'Eglise. Selon lui, la solution passe par « un réveil spirituel et humain » et « l'amitié pour les souffrants ». Ces propos ont suscité hier un torrent de protestations.
La Belgique a dégainé la première par la voix de sa ministre de la Santé, se disant « stupéfaite » et « consternée » face à une« vision doctrinaire dangereuse ». La France lui a emboîté le pas. Le ministère des Affaires étrangères a ainsi fait part de sa « très vive inquiétude ». « S'il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l'Eglise, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine », a-t-il estimé. Plusieurs personnalités françaises ont également critiqué les propos du souverain pontife. L'ancien Premier ministre Alain Juppé (UMP) a estimé que « ce pape commence à poser un vrai problème », car vivant « dans une situation d'autisme total ». Le professeur français Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a quant à lui demandé au « pape de retirer ses propos », qu'il juge « inacceptables ». Au Cameroun, Alain Fogué, de l'ONG Mouvement camerounais pour le plaidoyer à l'accès aux traitements, a lui aussi vivement réagi : « C'est la consternation. Le pape vit-il au XXIe siècle ? »
Cette polémique devrait désorienter encore un peu plus les catholiques, déjà ébranlés ces dernières semaines par la décision de Benoît XVI de lever l'excommunication de quatre évêques intégristes, l'affaire Williamson (du nom de l'évêque négationniste), et l'excommunication au Brésil d'une mère brésilienne qui a fait avorter sa fille de 9 ans après un viol. ■