Avec ses propos sur le préservatif, Benoît XVI a-t-il été au-delà des positions de l'Eglise ?
Il est dans la continuité quand il affirme que le préservatif n'est pas le bon moyen de lutter contre le sida, prônant la chasteté et la fidélité. Mais il franchit un pas supplémentaire quand il dit que son utilisation « aggrave le problème ». On ne voit pas en quoi.
Comment analysez-vous ces déclarations ?
Elles montrent le décalage entre le discours théorique de Benoît XVI et la situation en Afrique. L'abbé Pierre considérait le préservatif comme un « moindre mal ». Pas Benoît XVI, dont le discours de professeur de théologie dogmatique ne correspond pas à la réalité humaine. C'est dangereux. Ses propos prouvent aussi qu'il n'a aucun sens politique. Les effets peuvent être désastreux pour l'Eglise.
Le Vatican multiplie les polémiques. Quel effet cela peut-il avoir sur les catholiques ?
Cela peut les éloigner de l'Eglise. Toutes ces affaires coupent de plus en plus le pape de la majorité des catholiques, plutôt progressistes. Je ne pense pas qu'il y aura un schisme violent (impliquant une rupture avec Rome), mais il y aura sans doute un schisme silencieux, c'est-à-dire des gens (fidèles, évêques) qui partent sans rien dire parce qu'ils ne se reconnaissent plus dans l'Eglise. ■■Recueilli par F. V.
* Auteur du Petit Traité d'histoire
des religions, Plon, 2008, 20 eur.