Militants anti-avortement, lors d'une marche à Brasilia, au Brésil, le 10 septembre 2008.
Militants anti-avortement, lors d'une marche à Brasilia, au Brésil, le 10 septembre 2008. - J. BITTAR / REUTERS
De notre correspondante à Rio de Janeiro, au Brésil

La mère d’une fillette de neuf ans a découvert la semaine dernière, en l’accompagnant à l’hôpital pour des douleurs au ventre, qu’elle était enceinte de jumeaux depuis quatre mois. Son beau-père de 23 ans abusait d’elle depuis deux ans, ainsi que de sa sœur aînée handicapée de 14 ans. Avouant les faits, ce dernier a été emprisonné. L’affaire a vite dépassé les frontières de la petite région d’Alagoinha, dans l’état du Pernambuc et a choqué tout le Brésil. Mais c’est l’avortement de cette petite fille qui a déclenché une véritable polémique.

>> A lire, le point de vue engagé d'une blogueuse

La loi Brésilienne interdit l’interruption volontaire de grossesse sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. «Nous avons agi légalement», explique l’un des médecins «la patiente (qui pèse à peine 33 kilos et mesure 1m35) a été violée et sa vie était en danger. En tant que docteur, je n’avais pas le droit de lui faire courir le risque de perdre sa vie.» Fátima Maia, responsable de l’hopital ajoute: «Cette enfant n’était pas du tout en condition de mener cette grossesse à terme, elle en serait restée stérile ou n’aurait pas survécu.»

Il n'empêche, Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife (nord-est du Brésil) a décidé d’excommunier la mère et l’équipe médicale qui a pratiqué l’avortement. Quant au beau-père, «certes, ce qu’il a fait est horrible, mais il y a tant de péchés graves, et le plus grave est l’élimination de deux vies innocentes.»

Lula contre le Vatican

Un point de vue aussitôt critiqué par le président Lula: «En tant que chrétien et catholique, je déplore sincèrement que l’église catholique ait un comportement aussi conservateur. (…)
Je ne vois pas comment il est possible de 
permettre à une fille de neuf ans, violée, d’avoir ces bébés, surtout si ça met sa vie en danger. Je pense que dans ce cas les lois de la médecine sont au dessus des lois de l’Eglise», a-t-il déclaré vendredi. De son côté, le ministre de la Santé, José Gomes Temporão, également choqué par toute l’affaire, a estimé que du point de vue de la santé publique, «la conduite des médecins a été absolument correcte».

Ce week-end, le Vatican a donné raison au  Mgr José Cardoso Sobrinho par la voie du Cardinal Giovanni Battista Re, responsable de l’Eglise d’Amérique latine, dans le quotidien italien La Stampa: «L’Église a toujours défendu la vie et doit continuer à le faire, sans s’adapter aux humeurs de l’époque ou à l’opportunité politique. C’est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées.» Aux propos de Lula, Mgr José Cardoso Sobrinho a rétorqué que «le Président devrait s’entourer de  spécialistes en Théologie avant de s’exprimer sur ce thème.»

Manifestations pour l'IVG

Conséquence: la journée de la femme a été marquée dimanche par de nombreuses manifestations en faveur de la légalisation de l’avortement au Brésil. Les spécialistes estiment que les hôpitaux pratiquent près d’un millions d’avortements par an. Seuls 3000 sont «légaux», (viol et de danger pour la vie de la mère) et  42% concernent des petites filles.

Sur les banderoles des associations féministes, on pouvait lire dans les rues de São Paulo ou le long des plages de Rio: «Cette hypocrisie mène à l’hémorragie, les riches payent et les pauvres meurent» ou encore «Si le pape était une femme, l’avortement serait légal». Les hôpitaux reçoivent en effet 240.000 Brésiliennes en urgence à la suite d’avortements précaires: hémorragies, infections…Et ne sont souvent pas reçues de gaîté de cœur par les infirmières et les médecins, qui refusent même parfois de les soigner.

Lobby prolife en action

Alors que le ministère de la Santé souhaite traiter le problème comme une vraie question de Santé publique, la Chambre des députés prend, elle, exactement le chemin inverse. Le lobby du «front parlementaire pour la vie» -également mobilisé contre la recherche sur les cellules troncs- souhaite ouvrir une CPI (Commission d’enquête parlementaire) pour apurer les dénonciations contre les cliniques qui pratiquent l’avortement clandestinement et la vente irrégulière de médicaments abortifs.

Des femmes ayant subi des IVG seraient appelées à témoigner, ce qui horrifie les associations féministes du pays qui dénoncent déjà la criminalisation de ces femmes. La demande est en suspend, car la Chambre des députés est en train de changer de président.
 

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