Pakistan: le monde du cricket sous le choc

REPORTAGE A Islamabad, les fans de cricket sont sous le choc, après l’attaque de mardi à Lahore contre une équipe Sri Lankaise... De notre correspondante spéciale au Pakistan

A Islamabad, Jane Austin

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Un joueur de cricket sri-lankais blessé lors de l'attentat à Lahore au Pakistan le 3 mars 2009.

Un joueur de cricket sri-lankais blessé lors de l'attentat à Lahore au Pakistan le 3 mars 2009. — Stringer Pakistan/REUTERS

Plus de 200 clubs à Islamabad, 400 à Lahore et 900 à Karachi - les trois mégapoles pakistanaises. Au Pakistan, le cricket est «le» sport national. L’équipe du Pakistan est seconde ou troisième mondiale, se disputant la place avec l’Inde. Quand il y a un match, le pays s’arrête presque de fonctionner. L’attaque de Lahore est donc un coup dur pour le Pakistan. Peut-être même «la fin d’une belle époque», comme le disent ici les joueurs, sous le choc.

A Islamabad, au siège de la Pakistan Cricket Board, Shakil Shaikh, ex-joueur dans l’équipe nationale et aujourd’hui l’un des hauts dirigeants de la profession, est prostré. Depuis ce matin, il n’a pas quitté la chaise de son bureau et zappe sur son téléviseur d’une chaîne d’information à une autre. «C’est la première fois que cela arrive», lâche-t-il, les yeux perdus. «Le sport, et surtout le cricket, étaient les seuls symboles de paix durables et intacts au Pakistan. Même ça, nous l’avons perdu.»

L’Inde montrée du doigt

Le Pakistan qui possède l’une des meilleures équipes de cricket au monde, devait jouer aujourd’hui son quatrième jour de test avec l’équipe du Sri Lanka. Un moment très attendu. Depuis trois jours, des milliers de supporters suivaient l’événement dans le stade de Karachi et des millions d’autres devant leur téléviseur. Cela faisait plus d’un an et demi que le pays n’avait pas accueilli d’équipes dans ses stades, «à cause de la situation terroriste et pour des raisons de sécurité», explique Shakil. Le Pakistan ne pourra pas accueillir de matches avant un bon moment… Nasser, un commerçant d’Islamabad et fervent amateur de cricket est furieux: «On ne pourra plus voir les matches chez nous et nos stades seront vides!»

Khan Younous, capitaine de l’équipe nationale, passe en boucle sur les chaînes de télévision. Il ne comprend pas une telle attaque. «La venue du Sri Lanka était pour notre équipe un moment majeur, qui aurait pu relancer le monde du cricket. Mais non. Certains ont préféré nous retirer cela. Ça ne peut pas être des Pakistanais. Je n’y crois pas. C’est du sabotage.» Ici, tout le monde montre du doigt l’Inde, soupçonnée d’avoir voulu se venger des attentats de Bombay.

Un impact économique terrible

Avec plus de 700.000 professionnels, joueurs, associations, industriels, sponsors, médias…. impliqués dans la profession, l’attaque de Lahore va avoir un impact économique terrible. «Les matches et le monde du cricket drainaient des millions de roupies par an. Nous allons perdre énormément d’argent et d’affaires», s’inquiète un professionnel.

Le rêve de l’équipe de cricket pakistanaise de rejouer enfin chez elle, s’arrête là: ce soir, tous les joueurs sri lankais reprenaient l’avion.