Accueil d'Irakiens, une opération délicate

En mars dernier, le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, annonçait l'initiative d'accueillir en France « 500 chrétiens d'Irak », considérés comme « les principaux persécutés ». Quelque 600 Irakiens sont déjà arrivés, et environ 500 autres doivent...

Faustine Vincent

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En mars dernier, le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, annonçait l'initiative d'accueillir en France « 500 chrétiens d'Irak », considérés comme « les principaux persécutés ». Quelque 600 Irakiens sont déjà arrivés, et environ 500 autres doivent venir d'ici à la fin 2009. A mi-parcours, retour sur une opération jugée délicate à la fois en France et en Irak.

Dès le début, le critère confessionnel fait bondir des associations. « Il n'y a pas que les chrétiens qui sont persécutés en Irak », rappelle France-Terre d'asile. La polémique incite le Quai d'Orsay à ouvrir l'opération à d'autres et opte pour le terme de « minorités persécutées ». Pourtant, parmi les 612 Irakiens accueillis jusqu'à présent, 80 % d'entre eux sont chrétiens.

Selon la persécution dont ils font l'objet, le degré de vulnérabilité (femmes seules, avec enfants...) et leur capacité d'insertion en France (liens familiaux en France, notamment).

La moitié vient directement d'Irak. L'autre de Jordanie et de Syrie, qui comptent 2 millions de réfugiés irakiens. « Les Irakiens sont certes moins vulnérables une fois passés en Syrie et en Jordanie, explique-t-on de source officielle. Mais leur situation est précaire : ils ne peuvent pas travailler. »

Ceux qui étaient en Irak ont été alertés par l'Association d'entraide aux minorités d'Orient (Aemo). Cette association, présidée par Mgr Pierre Whalon et fondée fin 2007 en vue de l'opération française, a réuni des Irakiens de France et leur a demandé de prévenir leurs connaissances en Irak. Une liste de noms a ensuite été présentée au ministère des Affaires étrangères et à celui de l'Immigration pour validation. Les Irakiens qui étaient Réfugiés en Syrie et en Jordanie ont parfois été contactés par l'Aemo, mais la majorité l'a été par le haut-commissariat aux Réfugiés (HCR) dans le cadre d'un accord de réinstallation avec la France signé en février 2008 et parallèle à l'opération française.

« Ces Irakiens obtiennent l'asile très vite, en six mois », affirme une intervenante sociale en charge de l'aide aux dossiers pour les réfugiés. « Cela entraîne un sentiment d'incompréhension et d'injustice chez d'autres demandeurs d'asile, ajoute-t-elle. Des Congolaises ayant fui la guerre dans leur pays, par exemple, attendent parfois deux à trois ans. » Les Irakiens ayant le statut bénéficient ensuite du contrat d'accueil et d'intégration, incluant une place dans un foyer.

La France ayant décidé de maintenir le dispositif pour 2009, environ 500 autres Irakiens doivent arriver avant la fin de l'année. Paris décidera ensuite de poursuivre ou non l'opération. Comme l'information circule, les candidatures affluent. « On a une liste d'attente de 3 000 personnes, assure Iako Elish, cofondateur de l'Aemo, dont la propre famille est venue en France grâce à cette opération. On va essayer de les aider. » L'Union européenne a décidé à la fin novembre d'accueillir 10 000 Irakiens (dont ceux déjà présents sur le sol européen). Les Irakiens en attente pourraient être répartis dans d'autres pays membres.

Sur place, des évêques appellent au retour pour maintenir l'existence de cette communauté. Il y avait 800 000 chrétiens avant l'intervention américaine en 2003, contre moins de 400 000 aujourd'hui. « Il faut aider les chrétiens à vivre correctement en Irak pour que l'hémorragie cesse », résume Mgr Stenger, qui avait alerté le président Sarkozy sur les menaces envers les chrétiens d'Irak.

« Cette opération ne doit pas nous empêcher de regarder l'accueil réservé à ceux qui arrivent par leurs propres moyens ! », relève Pierre Henry, président de France-Terre d'asile. Selon lui, ils seraient des centaines, voire des milliers. Au premier semestre 2008, 5 886 Irakiens ont été interpellés en situation irrégulière. Le ministère de l'Immigration refuse de dire combien d'entre eux ont été reconduits à la frontière. Il souligne toutefois que « seulement 170 demandes d'asile d'Irakiens ont été enregistrées par an en France depuis 2007 », avec un taux d'acceptation « de 70 à 80 % ». ■

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