«Le Fatah et le Hamas ont besoin l'un de l'autre»

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Publié le 27 février 2009.

INTERVIEW - Aude Signoles est politologue et spécialiste du Proche-Orient et auteur de «Le Hamas au pouvoir. Et après?» aux éditions Milan...

Jeudi, les dirigeants du Fatah et du Hamas se sont réunis au Caire pour tenter de trouver une issue à leurs divisions. Les deux parties se sont mises d'accord sur la formation d'un gouvernement d'entente nationale d'ici à la fin du mois de mars. L'offensive israélienne à Gaza fin 2008 a changé la donne pour les Palestiniens. Aude Signoles nous explique pourquoi.
 
Ce n'est pas la première tentative de réconciliation qui a lieu entre le Fatah et le Hamas. En quoi cette réunion au Caire est-elle différente?
Cela tient essentiellement au contexte post-offensive israélienne qui a changé la donne aussi bien pour le Fatah que pour le Hamas. L'offensive à Gaza a très fortement augmenté la popularité du mouvement islamiste en Cisjordanie, un territoire gouverné par le Fatah. Le Hamas a été perçu comme protégeant les intérêts nationaux des Palestiniens. A contrario, il a vu sa côte baisser dans la bande de Gaza, où il pris le pouvoir en juin 2007. Les habitants lui reprochent d'avoir contribué, d'une certaine manière, à l'augmentation du nombre de morts. Du côté du Fatah, le Premier ministre Salam Fayyad a été complètement décrédibilisé en Cisjordanie où il est accusé de coopérer avec Israël. Les deux parties ont donc tout à gagner en formant un gouvernement d'union afin de retrouver leur légitimité. Ce gouvernement devrait permettre au Hamas de prendre pied à Gaza et au Fatah en Cisjordanie. Le Fatah et le Hamas ont donc besoin l'un de l'autre.
 
Les deux camps sont dans une dynamique de rapprochement. Sur quoi portent les négociations?
Elles portent sur qui gouvernera les postes clefs, à savoir le ministère de la Défense, le ministère des Affaires étrangères et le ministère des Finances. Pour la Défense, l'enjeu est de savoir qui sera à la tête des forces de sécurité. Pour les Affaires étrangères, ce sont les négociations avec la communauté internationale qui sont concernées. Enfin, l'enjeu pour les Finances est l'utilisation des aides internationales, notamment pour la reconstruction dans la bande de Gaza.
 
La réunion du Caire a abouti à la création de cinq commissions pour régler les désaccords. Quels sont les points d'achoppement entre les deux camps?
Il y a beaucoup d'accusations de part et d'autre. Le Hamas accuse le gouvernement de Salam Fayyad de jouer la coopération sécuritaire avec Israël depuis la conférence d'Annapolis en 2007. Beaucoup de Palestinien sont du même avis. D'où l'intérêt pour le Fatah de tendre la main au Hamas. De son côté, le Fatah accuse le Hamas d'avoir mis en place un gouvernement non légal à Gaza, puisque seul le gouvernement de Fayyad est légitime. Le Fatah reproche, en fait, au Hamas son coup de force dans la bande de Gaza.
 
Malgré cette volonté de former un gouvernement d'entente nationale, il y a beaucoup de méfiance entre les deux camps...
Oui il y a des craintes, notamment du côté du Fatah, qui a peur que le Hamas n'opère le même coup de force en Cisjordanie que dans la bande de Gaza. Mais la principale inquiétude concerne l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). C'est d'ailleurs l'objet de travail d'une des commissions. Le Hamas souhaite entrer à l'OLP, mais le Fatah craint que ce dernier ne veuille réformer l'organisation. Aujourd'hui, la charte de l'OLP reconnaît l'Etat d'Israël. Il faudra donc que le Hamas l'accepte. Mais on peut craindre que le Hamas n'essaie, une fois entré à l'OLP, de la réformer depuis l'intérieur. Le Fatah veut donc contrôler le poids du Hamas dans l'OLP. Les deux camps doivent maintenant s'accorder sur l'objectif du Hamas vis-à-vis de l'organisation.
 
Israël est en train de se doter d'un nouveau gouvernement avec, à sa tête, Benjamin Netanyahu. Quelle importance cela a-t-il pour les Palestiniens?
Le gouvernement en cours de formation en Israël est peu enclin au dialogue de par la personnalité de Benjamin Netanyahu. Il est donc important pour les Palestiniens de parler d'une seule et même voix afin d'avoir plus de poids dans les discussions. La réconciliation interpalestinienne est donc un enjeu de taille pour la suite du conflit israélo-palestinien.
 
Propos recueillis par Maud Descamps
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