INTERVIEW - Tony Kerridge, porte-parole de Marie Stopes International, une organisation spécialisée dans l'éducation et la santé sexuelles, revient sur la paternité d'un jeune Anglais de 13 ans...
L’histoire du jeune Alfie vous étonne-t-elle?
Pas vraiment. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. Son cas est assez rare. Les jeunes garçons de son âge qui se retrouvent dans une situation comme la sienne se comptent sur les doigts d’une main. Notre plus gros problème en Grande-Bretagne concerne les grossesses des adolescentes de 15 à 19 ans. Mais il n’empêche. L’histoire d’Alfie montre bien qu’il y a un problème dans notre pays.
A quoi est-il dû?
Les jeunes filles, notamment celles qui viennent de milieux défavorisés, voient la grossesse comme un moyen de se trouver une place dans la société. Avec un enfant, elles peuvent bénéficier d’allocations sociales et d’une aide au logement et peuvent ainsi devenir indépendantes. Mais elles ne comprennent pas qu’elles mettent ainsi le pied dans un cercle vicieux d’assistanat et de pauvreté. Il faut leur redonner des aspirations, leur montrer qu’elles peuvent avoir une bonne carrière et fonder ensuite un foyer stable.
Le problème est-il aussi lié à l’attitude de la Grande-Bretagne vis-à-vis de la sexualité?
Oui. Nous sommes célèbres ici pour avoir une relation prude et gênée vis-à-vis de la sexualité. C’est une attitude qui dure depuis l’ère victorienne. Nous sommes le pays de Benny Hill et des cartes postales coquines. Ici, le sexe est vu comme quelque chose de risible et de mauvais goût. Le problème, c’est qu’à côté de ça, nos enfants sont bombardés de messages crus et permissifs venus d’Internet ou de la télévision. Nous avons besoin d’une éducation sensée pour contrebalancer ce flux d’informations.
Comment faire?
Il faut que l’éducation sexuelle s’inscrive à part entière dans les programmes scolaires. Aujourd’hui, les cours d’éducation sexuelle sont à la discrétion des chefs d’établissement, du coup, dans certaines écoles, ils sont excellents et dans d’autres quasiment inexistants. Il faut aussi multiplier les centres de planning familial. Car nous savons que les jeunes se sentent plus en confiance dans ces structures tandis qu’ils rechignent souvent à aller voir leur médecin de famille, de peur que la confidentialité ne soit pas respectée.
Pensez-vous que le gouvernement fait assez sur le sujet?
Les derniers chiffres disponibles datent de 2006. Ils montrent une baisse de 13,3% des grossesses chez les mineures depuis 1998. Mais nous savons déjà que les prochains résultats qui doivent être publiés à la fin du mois montreront une nouvelle hausse. Le gouvernement a fait des efforts. L’an dernier, il a annoncé que des leçons d’éducation sexuelle, adaptées à un jeune public, seraient introduites dès l’école primaire. Mais ce n’est pas encore assez.
Pensez-vous que les conservateurs ont raison de critiquer le gouvernement sur ce sujet?
Les conservateurs dénoncent le problème et parlent d’une société brisée, mais ils sont largement hypocrites. Le problème des grossesses adolescentes n’est pas arrivé du jour au lendemain. Il existe depuis au moins deux décennies. C’est facile de dire «nos enfants ne devraient pas avoir une sexualité active». Mais il faut que les Tories se réveillent et sentent l’air du temps. Nous ne vivons pas dans une société idéale. Les gens font des erreurs. Il s’agit de leur apporter le soutien nécessaire.
Propos recueillis par notre correspondante à Londres, Karine Le Loët