Hugo Chavez: un président médiatique controversé

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Publié le 16 février 2009.

PORTRAIT - Qu'il pousse la chansonnette avec son ami Castro en direct à la télé, ou qu'il se fasse moucher par le roi d'Espagne lors d'un sommet ibéro-américain, le vénézuélien Hugo Chavez aime cultiver son image de «personnage» sulfureux. Portrait d'un président controversé mais plébiscité par son peuple...

Il rêvait d'être champion de baseball, il sera peut-être président à vie. Hugo Chavez s'est vu accorder la confiance des Vénézuéliens qui ont dit «oui» dimanche au référendum qui lui permettra de se représenter autant de fois qu'il le souhaite à la présidence. Le socialiste, au pouvoir depuis dix ans, se voit donc plébiscité avec 54,36% de votes favorables, un an après le rejet de cette réforme lors d'un premier vote le 2 décembre 2007. Une réforme dénoncée par une opposition éclatée.

Célébrité et ambiguïté

Proche de Castro qu'il présente comme son «père» en politique, soupçonné de ventes d'armes, médiateur sulfureux lors de la libération d'Ingrid Bétancourt, Hugo Chavez multiplie les casquettes et entretien l'ambiguïté sur sa personnalité. Fils d'enseignants et issu d'une famille modeste, il a suivi des études à l'Académie militaire du Venezuela avant d'intégrer l'université Simon Bolivar de Caracas. Rien ne le destinait, à l'époque, à faire de la politique. «Il rêvait d'ailleurs d'être champion de baseball qui est l'un des sports les plus pratiqués là-bas», explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Iris.

Pourtant le 4 février 1992, le Mouvement pour la révolution bolivarienne (MBR), dirigé par Chavez, tente de renverser le président Carlos Andrés Pérez. Mais l'«opération Ezequiel Zamora» échoue et Hugo Chavez est emprisonné pendant deux ans. «Malgré cet échec, il devient célèbre auprès du peuple vénézuélien», explique Jean-Jacques Kourliandsky, «à l'époque il déclare: "je m'incline pour l'instant". Et c'est grâce à cette petite phrase relayée par les médias qu'il devient célèbre».

Moi ou le chaos

Il lui faut alors attendre 1999 pour accéder au pouvoir en remportant haut la main l'élection présidentielle avec 56% des suffrages. Il se place alors comme le défenseur des plus démunis face aux oligarques, prêt à mettre fin à la corruption qui ronge son pays. «La majorité des électeurs de Chavez sont les habitants des quartiers pauvres. C'est un homme très populaire auprès des plus défavorisés», explique Frédérique Langue, spécialiste de l'Amérique Latine et chargée de recherche à l'EHESS. Populaire ou populiste?

S'il est le père des pauvres, Chavez aime aussi être sous les feux de la rampe. Chaque semaine, il répond aux questions des Vénézuéliens en direct à la télévision dans une émission baptisée «Alo presidente». Il se risque même parfois, à pousser la chansonnette avec Raul, le frère de Fidel Castro, en direct de Cuba par téléphone.



Un président qui n'hésite pas à monopoliser l'antenne (une des émission «Alo présidente» a duré près de 8 heures) pour défendre sa politique. «Mais Chavez est loin d'être une main de fer, il est à la tête d'un régime présidentiel fort comme cela est le cas dans d'autres pays», explique Frédérique Langue. «On peut évidemment s'interroger sur une possible dérive autoritaire, mais cela est peu probable puisque le système reste démocratique», ajoute-elle.

Et c'est bien cette dérive que tente de dénoncer l'opposition qui a longuement évoqué l'insécurité croissante dans le pays et la corruption omniprésente. Mais la popularité du leader ne semble pas pour autant entamée au sein de son électorat. «Hugo Chavez c'est un peu comme De Gaulle quand il plébiscite le peuple: "C'est moi ou le chaos"», explique Jean-Jacques Kourliandsky, faisant ainsi référence à cette opposition dispersée incapable de s'imposer. «L'opposition n'a pas de figure charismatique pour s'élever face à Chavez», précise Frédérique Langue.

«Porque no te callas?»

Mais à l'étranger, le président vénézuélien ne jouit pas d'une telle popularité et cultive son image de «grande gueule» qui irrite même jusqu'aux plus hauts postes. Pour preuve, le «recadrage» opéré par le roi d'Espagne Juan Carlos lors du sommet ibero-américain en novembre 2007 qui lui demande de se taire pour laisser s'exprimer le Premier ministre espagnol.



«Le personnage public doit être différencié du personnage politique», selon Sandrine Revet, chargée de recherches à l'Institut des Hautes études de l’Amérique latine, «Chavez est mal connu à l'étranger. S'il utilise une rhétorique du conflit forte, les actes ne suivent pas pour autant», ajoute-elle. Reste à savoir si Hugo Chavez jouera le jeu démocratique et profitera de la possibilité de se présenter indéfiniment au poste de Président, pour conserver le pouvoir aussi longtemps que son ami Castro.
Maud Descamps
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