C'est un classique des lendemains d'élections en Israël. Du fait du mode de scrutin (à la proportionnelle intégrale), les résultats ne sont souvent que le point de départ de tractations rocambolesques entre formations politiques pour parvenir à former un gouvernement. Après les résultats serrés aux législatives de mardi, Benyamin Netanyahou (Likoud, droite) serait ravi de former un gouvernement avec Kadima (centre), le parti de Tzipi Livni, à qui il offrirait de reprendre son poste de ministre des Affaires étrangères. Le problème est que celle-ci peut se prévaloir d'avoir devancé son rival du Likoud (28 sièges contre 27) et réclame le poste de Premier ministre. Or, Netanyahou trépigne dans l'antichambre du pouvoir depuis trop longtemps pour accepter de jouer les seconds rôles.
La clé du scrutin revient donc à l'ultranationaliste Avigdor Lieberman. Celui que les médias israéliens surnomment « le tsar » pour ses origines russes, pourfendeur du supposé « manque de loyauté » des 20 % d'Arabes israéliens envers l'Etat hébreu, était le seul à sabler le champagne sans retenue à l'énoncé des résultats. Sa formation, Israël Beitenu (Israël notre maison), n'obtient pas une percée aussi nette que les sondages le laissaient présager, mais avec 15 sièges (contre 11 auparavant), il ravit la place de troisième force politique du pays aux travaillistes d'Ehoud Barak et prend le titre de « faiseur de roi ». Courtisé par Benyamin Netanyahou, qui l'a appelé immédiatement après les résultats, Avigdor Lieberman - visiblement décidé à faire monter les enchères - a également rencontré hier Tzipi Livni.
« Les dizaines de milliers d'électeurs de gauche qui se sont portés sur Kadima pour faire barrage à la droite se réveillent pour entendre Tzipi Livni courtiser le dirigeant d'extrême droite Lieberman », observe le quotidien Haaretz. « Le paradoxe de cette élection est que, malgré la poussée de la droite nationaliste, une majorité des Israéliens sont en faveur de compromis territoriaux avec les Palestiniens en échange de la paix », relève le journal dans son éditorial. A ce titre, Kadima et Likoud s'accordent sur la nécessité de changer le système électoral pour permettre de dégager une majorité claire sans laisser la possibilité à des partis minoritaires de confisquer l'élection. ■