Mugabe tend une main (de fer) à l'opposition

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Publié le 11 février 2009.

ZIMBABWE - Après vingt-deux ans de dictature, Morgan Tsvangirai, principal opposant, prend la tête du gouvernement. Un nouveau souffle pour ce pays au bord de la faillite...

«L'homme aux grosses joues» mettra-t-il fin au chaos? Morgan Tsvangirai, principal opposant au pouvoir, est devenu ce mercredi Premier ministre du gouvernement d'union nationale et partage désormais le pouvoir avec Robert Mugabe. Mais les deux hommes vont devoir trouver un moyen de travailler ensemble à la reconstruction d'un pays complètement en ruine, malgré leurs nombreux différends.
 
Un nouveau gouvernement vendredi
 
Le deuxième homme du pouvoir a prêté serment ce mercredi: «Moi, Morgan Richard Tsvangirai jure de servir au mieux le Zimbabwe dans les fonctions de Premier ministre», a déclaré le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). «(Je) jure d'être fidèle à ce serment d'allégeance envers le peuple du Zimbabwe», a-t-il ajouté lors d'une cérémonie au siège de la présidence à Harare.
 
Leur gouvernement d'union doit être formé vendredi conformément à un accord de partage du pouvoir signé le 15 septembre, en vertu duquel Robert Mugabe restera le chef de l'Etat. «L'enjeu aujourd'hui est de savoir qui sera le ministre de la Défense», explique Philippe Hugon, chercheur à Iris. «C'est l'un des principaux points de désaccords entre les deux hommes. Tsvangirai a toujours reproché à Mugabe de contrôler l'armée et la police. Si le futur ministre de la Défense est un proche du Premier ministre alors cela signifie que Mugabe lâche du lest», ajoute-il.

>> A lire également: notre dossier spécial sur le Zimbabwe, ici.
 
L'accord signé entre les deux hommes vise à sortir le pays de l'impasse politique née de la défaite du régime aux élections générales de mars 2008, qui a précipité l'effondrement de l'économie et des services publics. Mais la méfiance entre les deux hommes est grande et le partage du pouvoir s'annonce déjà difficile. «Il faut attendre la formation du gouvernement vendredi pour connaître les termes de leur accord», souligne encore Philippe Hugon. «Je tends la main de l'amitié et de la coopération, une coopération chaleureuse et solidaire au service de notre grand pays, le Zimbabwe», a déclaré  le Président dans un discours prononcé après la prestation de serment de Morgan Tsvangirai.
 
Du syndicalisme au gouvernement
 
Battu, arrêté, inculpé de trahison, Morgan Tsvangirai a incarné pendant dix ans l'opposition au président Robert Mugabe. Cet ex-syndicaliste de 56 ans, que les Zimbabwéens surnomment «l'homme aux grosses joues», se voit donc enfin récompenser de sa victoire aux élections générales du 29 mars 2008. Non seulement son parti avait raflé le contrôle du Parlement, mais lui-même était arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle.
 
Mais les tâches qui l'attendent sont grandes. En effet, non seulement le Zimbabwe est ruiné économiquement, plus de la moitié des Zimbabwéens sont menacés de famine, mais le délabrement des infrastructures sanitaires a généré une épidémie de choléra dont 3.400 personnes sont mortes en cinq mois.
 
Le Zimbabwe et la communauté internationale
 
Autre défi à relever, en plus des problématiques intérieures, le retour des bailleurs de fonds. Le gouvernement va devoir restaurer la confiance aussi bien auprès des Zimbabwéens qui ont quitté le pays qu'auprès de la communauté internationale. La Commission européenne a salué mercredi la désignation du chef de file de l'opposition et a promis le soutien de l'Europe pour l'aider à mener le changement dans ce pays.
 
«Le gouvernement issu de ce partage du pouvoir a la lourde responsabilité d'assurer des changements positifs pour les citoyens et je peux assurer que l'Europe continuera à offrir son soutien, comme nous l'avons constamment fait depuis des années», a rappelé le commissaire européen au Développement Louis Michel dans un communiqué. La Commission européenne est le principal donateur d'aide humanitaire pour les populations les plus vulnérables du Zimbabwe. Depuis 2002, ces financements représentent 572 millions d'euros. Un soutien dont ne pourra pas se passer le pays.
Maud Descamps
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