Que va devenir l'Iran? Le fils du dernier shah, Reza Pahlavi, qui vient de publier en exil «Iran, l'heure du choix» (Entretiens avec Michel Taubmann, éditions Denoël), s'épanche sur le futur du pays.
Soutenez-vous toujours que les négociations sur le nucléaire sont une «perte de temps»?
Oui. Quelle que soit la façon dont on tend la main, ce régime n'a aucun intérêt à normaliser ses relations avec l'Occident, ou à quel prix ? Il poserait des conditions inacceptables. Tant que ce régime reste en place, je ne vois pas de dénouement possible, et pas seulement sur le nucléaire. D'ailleurs, cette question du nucléaire est secondaire. L'élément clé, c'est le manque de liberté politique, de démocratie, en matière de droits de l'homme...
L'administration Obama se dit prête au dialogue avec l'Iran. Cela peut-il changer la donne?
Du point de vue américain, c'est une nouvelle attitude, certes. Mais ça ne change rien à la réaction qu'aura le régime. Le grand décideur en Iran, c'est le Guide suprême, Khamenei. Je ne le vois aucunement accepter les conditions américaines.
Entre négociations diplomatiques et option militaire, vous prônez une troisième voie: la désobéissance civile...
Les négociations n'ont donné aucun résultat et la voie militaire n'est pas souhaitable. C'est une course contre la montre : tôt ou tard, ce régime aura la bombe atomique. La troisième voie consiste à faire pression de l'intérieur. La majorité de mes compatriotes ne veulent plus de ce régime. Pour le faire basculer, il faut s'appuyer sur eux, et mener une campagne de désobéissance civile et de non-violence. Mais il nous faut un soutien - moral, technologique, diplomatique - de la communauté internationale.
La désobéissance civile peut-elle suffire face à un régime répressif?
Je compte sur une convergence entre les forces se battant pour la démocratie et les désillusionnés de ce régime, comme les gardes révolutionnaires ou les bassidjis [miliciens islamistes]. On veut qu'ils puissent se joindre à nous. Un régime répressif peut arrêter un groupe d'étudiants ou d'ouvriers qui manifestent, mais ne peut pas intimider tout le monde, partout, en même temps.
Il s'agit donc de coordonner cette désobéissance pour que le régime soit débordé?
Exactement. Mais pour cela, il faut fédérer l'opposition. Je veux mettre en place un mécanisme de coordination qui serait un point d'appui pour les différents groupes pouvant être des éléments de résistance dans le pays (les ouvriers, les étudiants et les groupes ethniques). J'espère pouvoir compter sur des bénévoles, en Iran ou dans la diaspora, et obtenir un soutien financier de sources privées. Je ne cherche pas de fonds publics ou gouvernementaux.
Qu'attendez-vous de la France?
Le président Sarkozy a une approche différente de celle de ses prédécesseurs. Mais la situation réclame de nouvelles initiatives. Du fait de ses liens historiques et intellectuels avec l'Iran, la France est un candidat naturel pour jouer un rôle extrêmement critique. Jusqu'à présent, le dialogue a été limité aux représentants de ce régime. Je souhaite que la France et l'Europe ouvrent un dialogue avec l'opposition.
Si vous rentrez un jour dans votre pays, vous souhaiteriez organiser un référendum pour choisir entre monarchie constitutionnelle et république parlementaire. Quel serait votre rôle?
C'est au peuple de décider. Si je n'ai rien contre la république, je pense que l'institution monarchique est le meilleur garant de la stabilité et de l'unité nationale. Pour l'heure, ma mission n'est pas de restaurer la monarchie en Iran mais de libérer mon pays. Les gens, y compris d'anciens opposants à mon père, pensent que j'ai un rôle unique à jouer.