Des dizaines de milliers de manifestants ont célébré hier les trente ans de la révolution islamique, qui renversa le régime autoritaire du dernier shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, et porta au pouvoir l'ayatollah Khomeyni, fondateur de la République islamique d'Iran. Cette même année, en 1979, la prise d'otages de l'ambassade américaine poussait Washington à rompre ses relations diplomatiques avec le pays.
«C'est l'acte fondateur du régime», explique Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Trente ans plus tard, «la révolution est toujours vivante et vivace», a clamé le président Ahmadinejad, le 31 janvier, en se recueillant sur la tombe de Khomeyni.
Puissance régionale, l'Iran représente aujourd'hui un défi majeur pour la communauté internationale. En dépit des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, Téhéran refuse de suspendre son programme nucléaire. Les négociations sont d'autant plus difficiles que l'Iran est au coeur de tous les enjeux stratégiques, dont l'approvisionnement en hydrocarbures, le terrorisme (via son soutien au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien) et la prolifération nucléaire.
«Depuis la révolution islamique, les Iraniens n'ont jamais dévié d'un pouce»
L'arrivée de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, les élections israéliennes et la présidentielle iranienne, en juin, peuvent-elles faire évoluer le rapport de force ? «La perspective générale ne changera pas beaucoup, pronostique Bruno Tertrais. En Israël, le gouvernement restera sur une ligne dure vis-à-vis à la République islamique. Aux Etats-Unis, si Obama a exprimé sa volonté de dialoguer, il y mettra des conditions. Enfin, quel que soit le prochain président iranien, le Guide de la révolution - l'ayatollah Khamenei - ne devrait pas changer de ligne. Depuis la révolution islamique, les Iraniens n'ont jamais dévié d'un pouce.»
Pessimiste sur la capacité d'ouverture de l'Iran, il redoute en outre que ses difficultés économiques, liées à la baisse du prix du pétrole, poussent le régime à se radicaliser. De son côté, l'héritier de la couronne, Reza Pahlavi, propose une troisième voie entre les négociations, qu'il juge inefficaces, et l'option militaire, «pas souhaitable».