Quel interlocuteur palestinien pour la paix au Proche-Orient?

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Publié le 4 février 2009.

DIPLOMATIE - Les dirigeants internationaux se tournent vers Mahmoud Abbas. Mais a-t-il la légitimité pour mener les négociations?...

Mahmoud Abbas poursuit sa tournée européenne. Le président de l'Autorité palestinienne était devant le Parlement de Strasbourg ce mercredi, pour y prononcer un discours. Quelques jours plus tôt, il était reçu par Nicolas Sarkozy à Paris, et avant lui, c'est Barack Obama qui lui avait réservé son premier coup de fil officiel en tant que président des Etats-Unis. La diplomatie internationale semble ainsi lui faire les yeux doux. Mais Mahmoud Abbas est-il vraiment le bon interlocuteur pour construire la paix au Proche-Orient?

Abbas, «un choix par défaut»

Officiellement, son mandat a expiré le 9 janvier dernier. Le Hamas s'était d'ailleurs empressé de rappeler qu'il s'agissait du «dernier jour de sa présidence». Et Mahmoud Abbas sort affaibli du conflit qui a ravagé Gaza. Seulement voilà, «le conseil législatif palestinien avait précédemment voté une loi indiquant que les élections présidentielle et législative devaient se tenir en même temps», rappelle à 20minutes.fr Alain Dieckhoff, directeur de recherches au Ceri Sciences-Po. Ce qui implique, en pratique, une prolongation de son mandat jusqu'en janvier 2010.

«Il a pour lui la légalité mais c'est un choix par défaut, car il a un problème d'aura», explique Frédéric Encel, professeur à Sciences-Po et à l'école supérieure de gestion de Paris. De fait, si Abbas semble conserver sa légitimité en Cisjordanie, «le Hamas aurait la majorité à Gaza si des élections étaient organisées aujourd'hui» affirme Denis Bauchard, conseiller à l'Ifri, contacté par 20minutes.fr.

Un gouvernement d'union nationale à court terme


D'où l'idée d'un gouvernement d'unité nationale, intégrant le Hamas et le Fatah de Mahmoud Abbas, soufflée par les diplomates français et européens. «Refonder l'unité, c'est donner une vraie légitimité aux négociations», explique Alain Dieckhoff. Mais selon lui, cela ne se fera pas sans mal. «Le Hamas devra faire preuve de bonne volonté» pour être admis comme interlocuteur valable par la communauté internationale, mais surtout par Israël.

«La première étape vers un gouvernement d'union nationale sera la reconnaissance des accords d'Oslo  par le Hamas», prévient Frédéric Encel. Peu de chance qu'il le fasse actuellement, ce qui reviendrait à reconnaître une victoire d'Israël. Un gouvernement d'unité nationale n'est donc pas d'actualité, pas plus que la libération de Marouane Barghouti, présenté comme l'homme providentiel du Fatah.

Marouane Barghouti, le sauveur embastillé

Emprisonné depuis 2002, «il jouit d'une légitimité indéniable côté palestinien», selon Alain Dieckhoff. Il est même celui qui serait capable de rassembler la rue palestinienne, par son passé de combattant, et les partisans du dialogue, par son acceptation du processus d'Oslo. Pour Denis Bauchard, «sa libération dépendra du résultat des législatives israéliennes».

Si, le 10 février prochain, «la droite l'emporte, alors c'est impossible», estime Frédéric Encel. Il s'agirait d'une libération politique à forte portée symbolique, Barghouti ayant «du sang israélien sur les mains». Mais au Moyen-Orient, «il ne faut jamais dire jamais», conclut Alain Dieckhoff, rappelant qu'en juillet dernier, Israël avait accepté de libérer Samir Kuntar.
Julien Ménielle
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