REPORTAGE - Sderot, à 5km de Gaza, est l'une des villes les plus exposées aux tirs de roquettes du Hamas. Ses crèches et écoles sont «bunkérisées», et les enfants traumatisés. Mais habitués.
De notre envoyée spéciale au Proche-Orient.
Note: ce reportage a été effectué grâce à l'armée israélienne.
A première vue, cette crèche de
Sdérot est comme toutes les autres. Des jouets, des poupées, des animateurs, des dessins, des enfants qui dansent et chantent… Mais à y regarder de plus près, elle porte les stigmates d’un pays en guerre, d’une ville qui depuis 2001 vit dans la terreur constante des tirs de roquettes.
«Il y a des alertes tous les jours, et toutes les trois heures en moyenne», raconte Rachel, l’une des animatrices. Ici, il faut donc apprendre aux enfants comment réagir en cas d’alerte. Pas facile quand on a 3 ans! Alors on le fait sous forme de chanson. «Va vite, va vite dans un abri. Parce que c’est dangereux. Boum Boum Boum. Mon cœur bat. Boum Bouml Boum», dit le texte que les enfants chantent par coeur et dansent en l’accompagnant de gestes. «Voilà, maintenant je peux libérer mon corps. Tout s’est bien passé», se doit de conclure ce qui est hélas devenu leur comptine. En cas d’alerte, les 21 enfants, âgés de 2 à 4 ans, vont dans la «safe room», derrière la salle principale. Une télé, des dessins animés, des jouets. On a tout fait pour qu’elle ressemble à une salle normale.
«Ça, c'est une Qassam»
L’école, fermée depuis le lancement de l’opération de Tsahal sur Gaza le 27 décembre, a rouvert dimanche. Et on compte beaucoup d’absents. «Les enfants ont peur de quitter leurs parents», explique Nourid, la directrice. Qui ne sait plus comment faire pour évacuer le stress grandissant des bambins. «Ils ne vont plus jouer dehors. C’est trop dangereux. A la place, on essaie de faire un maximum d’activités physiques qui soient thérapeutiques en même temps.» Des équipes de psychologues ont mis au point des programmes de danses et de «parcours physiques». Et ont aussi distribué à chaque enfant un chien en peluche dont les bras sont suffisamment long pour s’accrocher à leur cou. «On les appelle des chibuki», qui en hébreu, signifie «serrer». Esther, à peine 4 ans, ne le quitte pas. «Je le serre tout le temps contre moi comme ça, j’ai pas peur», dit-elle de sa petite voix.
Mais cela ne suffit pas à guérir les enfants de leur traumatisme. Les équipes de psychologues ont beau venir une fois par semaine et appellent chaque soir pour savoir comment vont les enfants, ces derniers sont de plus en plus nombreux à souffrir de traumatismes. «Ils font pipi au lit, pleurent beaucoup, restent prostrés ou ne participent pas», témoigne Noah, une psychologue qui se devait d’être là le jour de la «rentrée». Elle est accompagnée de Noah, une des «soldates» de la crèche. «Chaque crèche compte un soldat, mais en ce moment, on est deux ou trois car les enfants, comme les parents, se sentent plus en sécurité», témoigne-t-elle.
Alors qu’elle parle, l’alarme retentit. Il faut aller dans l’autre pièce. Un bruit assourdissant se fait entendre. «Ça, c’est une Qassam», lance une enfant qui commence à peine à parler. A moins de trente mètres, une roquette vient en effet de s’abattre. Comme tous les jours.
A Sdérot, Pauline Garaude