Quatre mois après la guerre du 8 au 12 août contre la Russie, la Géorgie fait ses comptes et se veut plutôt optimiste. « La situation économique n'est pas aussi horrible qu'on pourrait le croire vu de l'extérieur », affirme Sophia Kenchoshvili, du ministère de l'Economie. « On a mis sur le dos de la guerre plus de dommages qu'elle n'en a réellement causés », renchérit l'ancien président du FMI en Géorgie, Robert Christiansen, aujourd'hui directeur de la Georgian Financial Supervisory Agency. Selon lui, la guerre a surtout provoqué une « crise de confiance », à laquelle les banques ont apporté une « réponse adéquate » : « Les premiers jours, les gens ont retiré leur argent, mais dès le lendemain, les établissements bancaires ont fait venir des billets par avion pour avoir du cash. Rassurés, les Géorgiens ont replacé leurs économies à la banque. C'est le plus important. »
Plus que la guerre elle-même, c'est surtout la crise financière mondiale, survenue un mois plus tard, qui a affecté l'économie géorgienne. Les vastes réformes libérales lancées dès 2004 avaient permis au pays d'atteindre 12 % de croissance en moyenne ces quatre dernières années. Ce chiffre devrait être divisé par trois dans le meilleur des cas en 2008 et 2009. « Pendant six mois, ça va être dur », prédit Robert Christiansen.
Le conflit et la crise mondiale conjugués ont particulièrement affecté le secteur des banques, à court de liquidités, de l'immobilier, stoppé net, et du tourisme, en chute de 90 % depuis août. L'économie géorgienne n'est pas menacée d'effondrement pour autant grâce à sa diversité. Aucun secteur ne représentait plus de 13,1 % du PIB en 2007, permettant au pays d'« encaisser les chocs plus facilement », selon le ministère de l'Economie. Cette fois, la secousse sera d'autant plus facile à surmonter que la Géorgie a récolté 4,55 milliards de dollars d'aide sur trois ans lors de la conférence internationale des donateurs organisée après le conflit. « S'il n'y avait pas eu la guerre et que la crise était arrivée, ç'aurait été très difficile. Là, c'est une bonne nouvelle ! », plaisante à moitié Temuri Yakobashvili, le ministre de la Réintégration, en charge des zones de conflits.
Une grande partie de ce pactole - représentant près de la moitié du PIB géorgien - servira à la reconstruction, tant pour les déplacés et que pour réparer les dégâts matériels. Une large part sera également affectée au secteur privé pour les banques et l'immobilier. « Ça peut paraître fou, mais je veux inviter à venir investir en Géorgie », plaide le ministre de l'Economie. En trois ans, cette stratégie pour attirer les investisseurs a déjà permis au pays de passer de la 134e place à la 15e (sur 181) dans un classement de la Banque mondiale sur les conditions faites aux entrepreneurs. Sur la même période, les investissements étrangers ont été multipliés par plus de trois, pour atteindre 2,4 milliards de dollars en 2007.
« Les Géorgiens ont beaucoup souffert de la chute de l'URSS. En 1994, il n'y avait encore pas d'électricité, pas de gaz, pas d'infrastructures, de la corruption... Les changements opérés en quelques années sont immenses. Aujourd'hui, les gens veulent avoir un avenir brillant », analyse Gilbert Hie, président du French Business Council à Tbilissi. Temuri Yakobashvili espère ainsi « transformer l'échec militaire contre la Russie en de grandes victoires ». « A l'heure actuelle, c'est du 50/50, souffle-t-il entre deux bouffées de cigare. Mais je suis optimiste. Sinon je fumerais plutôt du hasch... »