La Thaïlande, une démocratie qui bat de l'aile

ANALYSE Le pays peut-il s'en sortir alors qu'il a sa tête une classe politique qui essaye de gagner par la force ce qu'elle n'a pas eu par les urnes...

A Bangkok, Frédéric Belge

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Des policiers dispersent des manifestants au gaz lacrymogènes lors d'une émeute anti-gouvernementale à Bangkok, Thaïlande.

Des policiers dispersent des manifestants au gaz lacrymogènes lors d'une émeute anti-gouvernementale à Bangkok, Thaïlande. — S. SUKPLANG / REUTERS

Alors que les partis de la coalition gouvernementale viennent d’être destitués et leurs dirigeants interdits d’activité politique pour une période de cinq ans, l’avenir politique du pays se pose. Le cabinet ministériel qui s’est réuni en urgence a désigné Chaovarat Chanweerakul comme responsable d’un gouvernment de transition. La nomination d’un nouveau Premier ministre interviendra ultérieurement.

Cette annonce ne calmera en rien les militants de l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (PAD) qui, s’ils ont réussi à avoir la tête du Premier ministre Somchai Wongsawat, entendent bien en finir avec le cabinet tout entier. Or ce dernier est toujours au pouvoir, la cour constitutionnelle n’ayant pas déchu de leur mandat l’ensemble de ses membres.

Difficile apprentissage de la démocratie

Alors que la monarchie absolue est abolie depuis 1932 et que le pays a une longue histoire de coups d’Etat (21 à son actif depuis 1932), l’apprentissage de la démocratie se fait dans la souffrance. Le peuple thaï a toujours été obéissant et soumis à l’autorité de ses dirigeants. Le problème actuel réside dans le fait qu’une minorité d’hommes d’affaires, d’anciens politiciens et d’extrémistes essaye de modeler un système politique qui leur permettrait de gagner par la force ce qu’ils n’arrivent pas à obtenir par les urnes.

De multiples forces politiques en présence

D’un côté l’électorat populaire soutient les idées du défunt parti de l’ancien Premier ministre Songsawat et de l’autres les démocrates, dirigé par le jeune et sémillant, Abhisit Vejjajiva (défenseur affiché de l’Etat de droit et du rationalisme démocratique) qui ne sont pas parvenus pas à émerger lors des précédentes élections.

Après ces deux poids lourds de la politique thaïlandaise de plus petites entités existent qui jouent le jeu des alliances pour espérer accéder au pouvoir lors des scrutins.

L’Alliance du Peuple pour la Démocratie (PAD) est le trublion du jeu démocratique thaïlandais. Il ne s’agit pas d’un parti politique. Il est l’émergence d’un mouvement contestataire formé d'élites apparu en février 2006 qui s’en prenait au népotisme et à la corruption massive de l’administration de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra. Les leaders de ce mouvement souhaitent changer le mode de scrutin lors des prochaines élections -pour mettre en place un système censitaire- et rendre le jeu politique de moins en moins démocratique pour servir leurs propres intérêts.

Enfin il ne faut pas oublier que l’armée peut encore intervenir et prendre le pouvoir par la force si, par exemple, de violents combats éclataient ces jours prochains entre «les rouges», fidèles au désormais déchut Somchai Songwasat et les «jaunes» du PAD.

Une fissure est clairement apparue au sein de la société civile thaïlandaise ces dernières semaines. Les responsables politiques ne savent pas répondre à la crise actuelle et il faudrait l’émergence de nouveaux leaders pour peut-être espérer sortir d’une impasse qui dure depuis trop longtemps.

ROI
Le discours annuel du roi de Thaïlande est chaque année des plus attendu. Il aura lieu ce jeudi dans la soirée et sera d’autant plus décrypté cette année car le souverain, vénéré comme un dieu vivant dans son pays, donnera certainement son opinion sur la crise et glissera peut-être quelques bons mots pour tenter de trouver une solution aux problèmes du pays.

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